Patrimoine Gèlèdè : Une pratique culturelle régionale encore sous l’influence des sociétés modernes

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Le Gèlèdè est une pratique culturelle dont use à diverses occasions la communauté Nagot-Yoruba établie dans la région Nagot-Yoruba au Bénin, au Nigeria et au Togo. Cette riche pratique identitaire atypique se heurte de nos jours à la barrière de nos sociétés actuelles dites modernes. Si rien n’est fait, elle risque de disparaître dans un futur proche ou lointain, bien que l’Unesco l’ait proclamée et inscrite sur la liste représentative du patrimoine culturelle de l’humanité.

Par : Romaric ODA

Une riche pratique culturelle régionale est en train de disparaître à petits coups aux yeux et à la barbe des fils et filles du continent noir : il s’agit de la cérémonie Gèlèdè. Proclamé en 2001 et enregistré sur la liste représentative du patrimoine culturelle de l’humanité en 2008 par l’Unesco, le Gèlèdè devrait être valorisé et exporté au-delà des frontières africaines. Paradoxalement, cette pratique est de plus en plus peu encrée voire inexistant dans nos sociétés actuelles. A part quelques rares occasions, cette pratique culturelle enviée sous d’autres cieux, disparaît des habitudes de la nouvelle génération. Plus de cérémonies nocturnes où les remarquables joueurs de tambours se font entourer d’une foule en liesse pour faire danser des personnages masqués. Plus de manifestations où l’on voit cette pratiqué. Une situation qui donne à réfléchir quant à l’avenir des mœurs et coutumes africaines d’ici quelques décennies à venir. Pourtant, cette pratique plus ou moins  » mystérieuse  » comme tant d’autres, n’a rien avoir avec le fétichisme au point d’être reniée par la jeunesse contemporaine africaine qui affiche une répugnance notoire aux pratiques ancestrales.

Le Gèlèdè, une société sécrète bienfaisante

Propre à la communauté Nagot-Yoruba établie dans la région Nagot-Yoruba au Bénin, au Nigéria et au Togo, la cérémonie Gèlèdè est un mythe qui associe danse de masque et regain de fertilité. Selon les gardiens de la tradition, elle est une société sécrète à laquelle on adhère pour se protéger  de la maladie, pour  assurer son épanouissement, la richesse et la fécondité. De ce fait, le Gèlèdè apparaît comme la réponse de la société à la sorcellerie, cause des calamités telles que les épidémies ou la sécheresse suivant les croyances locales. Elle est faite des chants en langue yoruba, de la musique par quatre tam-tams et des danses masquées.  » A l’origine, cette cérémonie s’organise à la fin des récoltes et lors des événements importants comme certaine naissance, certains décès et mariages ou en cas de sécheresse voire d’épidémie. Elle est connue pour ses effets impressionnants sur la société « , le confie vieux Baba Ijèbu, l’un des gardiens de la tradition originaire de Kétou et résidant à Calavi. En effet, la ville de Kétou est considérée par toutes les sources comme cité de naissance de la pratique de masque Gèlèdè. Les origines de cette pratique de masque remonteraient également presque aussi loin dans le temps que la fondation du royaume de Kétou. La femme est la clé qui ouvre la porte à la compréhension du contexte symbolique et rituel du  Gèlèdè. Elle est censée selon la société (yoruba) posséder une force vitale qui présente deux facettes. Une positive, comme créatrice et protectrice de la vie, douée de la connaissance des pouvoirs curatifs des plantes, force régulatrice garante de l’ordre social et moral. L’autre force négative, destructive, responsable de la stérilité, de la sécheresse, des épidémies et de la mort.   » Le Gèlèdè servirait de tribut à payer aux pouvoirs mystiques des femmes, dont il faut se protéger et qu’il faut apaiser afin de les transformer en puissance bénéfique pour la société « , confie vieux Baba Ijèbu. Cette déclaration de ce gardien de la tradition et initié de la pratique Gèlèdè montre qu’à bien des égards, le Gèlèdè est une pratique très bienfaisante à perpétuer. Pourtant, cette pratique ne se fait plus remarquer.

Appel à une prise de conscience collective

« Le Gèlèdè n’a pas disparu dans nos sociétés actuelles. Il n’est plus simplement pratiqué comme avant. Et c’est parce que les jeunes qui sont sensés perpétuer cette tradition semblent avoir de plus en plus du dégout à de telles pratiques », soutien vieux Baba Ijèbu. Cette  déclaration de ce gardien de la tradition et initié au rituel Gèlèdè confirme le constat que pourrait faire toute personne qui a un penchant pour la chose culturelle. Quoi qu’on dise, cette pratique n’a pas disparu  des habitudes des communautés détentrices de cette immense richesse culturelle mais elle est désormais peu pratiquée. Cela s’explique par la répugnance de la jeunesse contemporaine face aux pratiques ancestrales. Ce qui fait dire que la vraie problématique est comment faire pour assurer la pérennisation de cette pratique. Un défi lancé donc à la jeunesse si elle ne veut pas vivre comme une chauve-souris c’est-à dire sans être sans appartenir à aucune origine pour avoir laissé tomber son patrimoine culturel identitaire. Vivement que les acteurs concernés en prennent conscience pour sauver ce riche et bienfaisant patrimoine en voie de disparition.

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