Entretien avec le Docteur Jean SEHONOU, chef service Gastro-entérologie au Cnhu de Cotonou : « On ne guérit pas de l’hépatite B mais on maitrise la maladie »

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Ce vendredi 28 Juillet est la date commémorative de la journée internationale de lutte contre l’hépatite. Dans le cadre de cette commémoration, la rédaction du www.boulevard-des-infos.com a tendue son micro au Dr Jean SEHONOU, chef service Gastro-entérologie au Cnhu de Cotonou. Au détour d’un entretien exclusif, le Dr SEHONOU a abordé le sujet de long en large avec des chiffres et a mis un accent particulier sur les facteurs à l’origine de ce mal Lisez plutôt pour en apprendre davantage.

BOULEVARD DES INFOS : Bonjour Dr SEHONOU. Que doit-on retenir quand on entend le nom Hépaptite ? Et que retenir concrètement du thème de l’édition 2017 de la journée mondiale de lutte contre l’hépatite ?

Dr Jean SEHONOU : L’hépatite est par définition générique, une inflammation du foie. Elle peut être due à plusieurs facteurs. Pour l’édition de cette année 2017, le thème central retenu par la communauté internationale est : « Eliminer l’hépatite ».

Quelles sont les causes de l’hépatite ?

L’hépatite en général a plusieurs causes telles que la consommation de l’alcool qui peut donner une hépatite alcoolique. La prise de médicaments peut donner une hépatite médicamenteuse et la prise de tisane peut aussi donner une hépatite toxique. Il y a également les hépatites dues à un trouble du système immunitaire, à l’accumulation de fer, de cuivre et autres. Les microbes peuvent causer l’hépatite. Il peut s’agir de parasites, de bactéries, de champignons et surtout de virus. Et nous allons insister sur les hépatites virales. Quand on dit hépatites virales, ce sont des hépatites qui sont dues à des virus que nous appelons dans notre jargon, « virus alphabétiques ». C’est-à-dire virus de l’hépatite A, virus de l’hépatite B, virus des hépatites C, D et E. Parmi ces virus, certains peuvent avoir une durée courte (moins de 6mois). On va dire que ça va donner une forme aiguë. Tandis que d’autres comme les hépatites virales B, C, B+D, peuvent évoluer sur le long et donner une hépatite chronique. Ce qui peut aller dans certains cas vers la cirrhose du foie et/ou le cancer du foie. Ce qui en fait toute la gravité. Il faudra aussi retenir qu’au Bénin nous avons environ 9% de cas d’hépatite B et 3% de cas d’hépatite C.

Quelles sont les symptômes ou manifestations de l’hépatite ?

Si la réponse de notre organisme face au virus de l’hépatite est forte, cela va se traduire par des symptômes tels que l’itère, la fatigue, la fièvre etc. Mais si elle est faible, la maladie peut passer inaperçue bien qu’elle soit là. Si maintenant la réponse immunitaire est forte et adaptée, le système immunitaire va détruire les cellules du foie qui contiennent le virus seulement. Et ça peut aboutir à la guérison et là, on va parler donc d’hépatite aiguë guérie. Toutefois, la réaction immunitaire est très forte mais inadaptée. Elle détruit les cellules. Aussi bien les cellules infectées que saines. Et cela peut donner une hépatite suraigüe qui va aboutir à la mort.

Dans certains cas, la réponse immunitaire est faible mais adaptée. A ce moment, ça abouti à ce qu’on appelle le portage inactif. C’est-à-dire que le sujet est porteur du virus, cela ne déclenche pas de maladies mais l’organisme ne parvient pas à s’en débarrasser. Ou bien, elle est faible et inadapté. Ce qui engendre une hépatite chronique qui va évoluer vers la cirrhose ou le cancer.

Pourquoi certains sujets peuvent-ils maitriser la maladie et d’autres pas ?

Il a trois ordres de facteurs. Nous avons d’abord ce qu’on appelle la susceptibilité immunologique, individuelle ou génétique. Cela fait que nous ne sommes pas égaux en matière de défenses immunitaires. Ensuite, nous avons l’âge à la contamination. C’est-à-dire que si on se contamine dans les premières années de vies, le système immunitaire est faible, le risque de chronicité est élevé et on n’est pas étonné de voir au bout de 30 à 40 ans, des personnes qui ont un cancer de foie. Tout simplement parce qu’elles ont contracté le virus de l’hépatite B à la naissance.

Le dernier facteur est celui de la comorbidité. Si quelqu’un en plus de l’hépatite B ou C consomme de l’alcool, prend certains médicaments ou trop de tisanes, le foie est attaqué d’un côté par le virus et ces facteurs. Nous ne remettons pas en cause l’efficacité des tisanes. Mais nous mettons en garde les gens contre le fait que les tisanes peuvent aussi entrainer des lésions au niveau du foie parce que c’est à ce niveau que le métabolisme se produit. Donc si quelqu’un a l’hépatite B ou C, il faudrait qu’il évite dans la mesure du possible ces facteurs de risques.

Quels sont les mécanismes de traitement de l’hépatite ?

L’hépatite se traite depuis quelques années mais on ne traite pas tous ceux qui ont des hépatites virales. On traite ceux qui ont une hépatite chronique. Mais il faudrait pour répondre à cette question qu’on ait une idée de l’évolution des hépatites virales.

Les hépatites virales A et B évoluent en moins de 6 mois en général sans séquelles. Autant pour les hépatites B et C, l’évolution peut se faire sur un long cours. Et si vous prenez aujourd’hui, 100 personnes infectées par le virus de l’hépatite B, au bout de 6 mois, 90 sont guéris sans le moindre médicament. Les 10 autres vont garder le virus. Et sur ces 10 là, quand on les observe sur une période de 15 à 30 ans, 3 seront des porteurs inactifs du virus. 3 vont avoir une hépatite chronique active et c’est ceux-là qu’il faut traiter. Les 4 restants vont faire une cirrhose et parmi les gens qui vont faire l’hépatite chronique et la cirrhose, 4 vont faire un cancer du foie. Donc le traitement a pour but d’empêcher l’évolution vers la cirrhose et l’évolution de la cirrhose vers le cancer du foie.

Il y a des analyses particulières qu’on est amené à faire pour voir quelle quantité de virus circule dans l’organisme, quel est le degré de dureté du foie, conséquence de l’inflammation chronique et quel est le degré de transaminase. C’est avec ces trois facteurs qu’on peut savoir si le sujet a besoin ou non de traitement.

Mais le problème est que ces examens se font à l’extérieur. Il y a tout un système mis en place pour que la prise de sang se fasse à Cotonou et que les résultats soient disponibles en une semaine. Cependant, des efforts sont faits pour que ces analyses se fassent ultérieurement au Bénin.

Parlant des traitements de l’hépatite B, il existe deux catégories de médicaments. Il y a une injection qui se fait sous la peau chaque semaine pendant 48 semaines qui donne des taux de « guérison » entre 32 et 52 % des cas. Cette injection coûte environ 160 000 francs CFA par semaine et a des effets secondaires tels que, le diabète, l’hypertension etc.

Si pour une raison ou une autre, le sujet ne peut pas utiliser ces médicaments, il peut être appelé à utiliser ce qu’on désigne par les analogues nucléotidiques. Ce sont des médicaments qui ont été utilisés dans la lutte contre le Sida et qui ont prouvé leur efficacité quand les gens avaient à la fois le VIH et le virus de l’hépatite B. Et depuis 2001, on les utilise dans le cadre de la lutte contre le virus de l’hépatite B. Ces comprimés sont bien tolérés mais l’inconvénient pour le moment est qu’on ne sait pas quand arrêté son utilisation puisque son arrêt peut provoquer un rebondissement de la maladie. Pour l’hépatite C, il y a actuellement des traitements très efficaces et qui permettent en 3 mois de guérir. On ne guérit pas de l’hépatite B mais on maitrise la maladie. Le coût du traitement de l’hépatite C varie de 900 000 à 1 500 000 francs CFA pour 3 mois.

Quels en sont les moyens de prévention ?

La prévention fait appel au mode de transmission. Le virus de l’hépatite B se transmet par voie sexuelle, voie sanguine et de la mère à l’enfant. A cet effet, des précautions doivent être prises. C’est-à-dire lutter contre les infections sexuellement transmissibles (Ist) en utilisant des préservatifs. Par rapport à la transmission par voie sanguine, des précautions sont déjà prise pour effectuer des analyses sur chaque poche de sang avant de les transfuser. Dans les hôpitaux, les matériels sont souvent jetables ou désinfectés. Mais l’hépatite B peut également se transmettre par les contacts quotidiens (utilisation des mêmes assiettes, cuillères et autres). Le virus est très résistant même si on fait bouillir toutes ces choses. Donc la meilleure prévention reste la vaccination contre l’hépatite B. L’hépatite C n’a pas de vaccin. Les hépatites A et E se transmettent par l’infection de l’eau, par les selles. Ainsi la meilleure façon de s’en préserver est le respect des règles d’hygiènes.

Le thème retenu cette année dans le cadre de la journée mondiale de lutte contre l’hépatite est « Eliminer l’hépatite ». Quel appel avez-vous à lancer à cet effet aux autorités de ce pays ?

Je vais dans un premier temps souligner l’effort fourni depuis un certain nombre d’années par les autorités béninoises puisqu’il existe actuellement des pris en charge dans le cadre de la lutte contre les hépatites B et C. Je les remercie et les encourage à continuer dans la même direction.

Propos recueillis par : Esther TOFFA

Source :www.boulevard-des-infos.com

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