Les mésaventures d’un béninois vendu plusieurs fois en Libye

0

« J’ai été vendu 06 fois en Libye et mon jeune frère a été tué dans cette aventure. » Témoignage d’un rescapé béninois de la traite des Noirs en Libye sur L’Hebdo de Océan FM. A ses côtés, sur l’émission ce vendredi, le directeur de Amnesty International Bénin Fidèle Kikan. Le rescapé Mohamed Babio a partagé avec les auditeurs les péripéties de son voyage vers l’Europe, brusquement interrompu.

Par : Nos confrères de la radio Océan FM

Tout a commencé en décembre 2015, raconte Mohamed Babio. « Je suis parti avec mon jeune frère de Djougou pour l’Algérie (destination initiale) à la recherche d’un mieux-être. Notre mère a obtenu un prêt pour nous permettre de partir (malgré son opposition au départ). Nous sommes partis avec l’intention de gagner assez d’argent pour aider notre maman et payer les études de mon frère qui venait d’avoir son bac », a confié l’invité de l’émission qui a eu du mal à contenir ses émotions durant son récit poignant. Après avoir payé 150.000 frcs cfa chacun à un passeur béninois, les deux jeunes ont embarqué à bord dun petit véhicule dans lequel 30 personnes étaient entassées pour l’Algérie, selon son témoignage. Les 08 mois en Algérie (commune de Tamanrasset) en effectuant des travaux occasionnels comme la maçonnerie lui ont permis d’économiser 700.000 frcs cfa. Son jeune frère finira par le convaincre de la nécessité de rejoindre l’Europe pour maximiser les chances de réussite, a expliqué Mohamed Babio.

L’enfer lybien

Cest un autre passeur béninois qui a exigé 700.000 frcs cfa par personne pour leur « faciliter » le trajet vers l’Europe (Allemagne) via la Libye. Le trajet Tamanrasset – Tripoli qui a duré treize jours a été pénible, se rappelle le rescapé. Une fois à Tripoli, le passeur ne venant pas, suite à plusieurs coups de fil à son endroit, «on a été vendu. Ils nous ont enfermés dans une chambre. Nous étions des centaines d’Africains enfermés et battus au quotidien sans raison. Nous faisions des corvées toute la journée avec un seul repas. Il y avait 300 Sénégalais, 250 Ivoiriens, 30 Béninois et 40 Gambiens. Des femmes enceintes battues mourraient devant nous». L’aventure sest poursuivie ainsi avec des changements de « points de détention » et de geôliers. Il a été entre temps séparé de son frère tué en tentant de s’échapper raconte-t-il, la gorge nouée. «Je ne fumais pas, je ne buvais pas», c’est cela qui lui aurait valu la « sympathie » de ses derniers geôliers qui l’ont aidé à quitter le lieu de détention pour un point de regroupement officiel des migrants devant être rapatriés. Malgré la liste des Béninois envoyés à l’ambassade du Bénin au Maroc, il ny a pas eu de réaction. «Jai dû mentir à la délégation de l’ambassade du Burkina venue chercher ses ressortissants pour glisser mon nom sur leur liste. C’est comme ça que j’ai quitté la Libye».

Fidèle Kikan, le deuxième invité de Rachida Houssou et Rèliou Koubakin a dénoncé le manque de volonté des dirigeants africains, face ce drame qui ne date pas d’aujourd’hui. Amnesty international a écouté des rescapés du Koweït dans ce cas mais des enquêtes n’ont jamais été ouvertes, s’est-il indigné. Un document qui doit servir de directives a été produit par cette organisation dans le cadre du sommet Union Africaine-Union Européenne dans les jours à venir. Le sujet est traité avec beaucoup de légèreté selon Fidèle Kikan. Les nombreux rescapés qui sont rentrés devraient bénéficier dun accompagnement. Les politiques publiques doivent être beaucoup plus orientées vers le social et les rendre sensibles aux droits humains. Il faut penser à la réorganisation de la diplomatie en Afrique, a ajouté le directeur de Amnesty International Bénin.

Leave A Reply