Lettre ouverte de Cédric Hounnou à Boni Yayi « Êtes vous tenu de vous engager à nouveau en politique? »

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Par : Is-Deen O. TIDJANI

Le jeune leader 2016 continue son adresse aux personnalités de la République du Bénin. Après ses récentes correspondances en direction de Sébastien Ajavon et Adrien Houngbédji, le journaliste Cédric Hounnou vient de récidiver. Cette fois-ci, il adresse sa « si longue lettre ouverte » à Monsieur Boni Yayi, ancien Président de la République du Bénin, et Président d’honneur du parti FCBE. À travers le document ci-dessous, l’auteur exprime ses inquiétudes et ses exigences face au rêve de conquérant de Boni Yayi. Lisez plutôt.

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Cotonou le 18 avril 2018

Cédric HOUNNOU
96689390
hcedric99@gmail.com

A

Monsieur Boni YAYI, Ancien Président de la République du Bénin, Président d’honneur du parti Forces Cauris pour un Bénin Émergent (FCBE)

Objet : Lettre ouverte

Monsieur le Président,
En écrivant ces mots, je sens déferler en moi, une vague de souvenirs. Dix ans de pouvoir avec son long cortège d’émotions et de sensations, restés intacts dans ma mémoire, malgré les deux ans d’épousailles avec la Rupture. Depuis que vous avez accédé au rang d’ancien président de la République, et depuis le tollé qu’a suscité votre dernière descente à l’aéroport de Tourou, vous êtes resté muet en nourrissant toutefois votre page facebook de paroles bibliques. Il ne pouvait en être autrement, vous avez toujours été un homme de grande foi chrétienne.

Puis soudain, arriva le congrès de Parakou, suivi de l’appel de Djeffa. Quel fleuve grouillant d’êtres humains autour de votre personne! Que les béninois continuent de vous apprécier! De mémoire d’homme, aucun chef d’État n’a suscité autant d’attraction et autant de mythe. Quelle performance! A côté de la tunique de président d’honneur du parti Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE) que vos soutiens vous ont enfilé, vous prenez définitivement une place prépondérante dans l’opposition à Patrice Talon. Dès lors, il apparaît clairement que votre volonté de gouverner, de conquérir le pouvoir politique est toujours plus fort qu’il y avait dix ans. Je viens alors vous exprimer avec beaucoup de respect mes inquiétudes et mes exigences face à votre rêve de conquérant.

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Vous avez été un grand homme d’État et certaines de vos valeurs sociales sont reconnues et célébrées sur l’ensemble du territoire national. Vous avez eu l’incroyable chance de conduire la destinée de notre pays pendant toute une décennie. Quel privilège ! Vous avez construit le pays comme vous l’avez pu. Après votre départ du pouvoir, vous avez gagné un poste à l’international. Mieux, vous avez été recruté par l’Union Africaine pour éteindre des foyers de tensions dans certains pays en conflits sur le continent. Le moins qu’on puisse dire est que vous êtes resté actif depuis que le pouvoir a changé de mains. Aujourd’hui, j’apprends de votre propre état major et de la coalition pour la défense de la démocratie au Bénin que vous tremblez toujours du désir de conquérir le pouvoir. Je suis muet d’étonnement et les regards froids des jeunes pèsent désormais sur votre nouvel engagement politique. Êtes-vous tenu de vous engager à nouveau en politique ? Vous auriez pu être emporté dans les flots de l’empoisonnement en 2012. L’avez-vous déjà oublié? Le Bénin passe avant tout, même avant votre propre vie, me répondriez-vous. J’en prends donc acte.

Vous le savez! Beaucoup trop de promesses sont restées non tenues sous vos deux mandats. D’abord, l’affaire CEN-SAD. Dans ce scandale qui a porté un coup dur à l’éthique en 2007, vous avez promis de braquer le projeteur dans l’opacité ambiante de cette affaire pour que la vérité jaillisse sur le peuple. Mais neuf ans de pouvoir n’ont pas suffi à élucider ce mystère. Ensuite, le dossier ICC-services. Vous avez promis de faire payer les spoliés de cette affaire qui a mis à genou l’épargne nationale. C’est d’ailleurs, l’une des raisons fondamentales de votre réélection à la tête du pays en 2011. Vous êtes parti du pouvoir en 2016, mais la mélancolie est toujours le seul compagnon de ces milliers de personnes grugées. Enfin, le cadre du ministère de l’économie et des finances, porté disparu. Votre second mandat vous a offert l’opportunité de localiser Pierre Urbain DANGNIVO sur la terre ou dans les cieux, afin que chaque béninois puisse accepter la dure réalité quelque soit son visage. Mais des interrogations continuent de garder leur sève dans ce dossier jusqu’à aujourd’hui. En vous lançant à nouveau sur le terrain politique, avez-vous la certitude que le peuple béninois a l’élasticité de conscience nécessaire pour oublier tous ces engagements restés à l’étape de promesses ? Plus grave. Vous qui avez parcouru le monde, vous savez que dans beaucoup de démocraties modernes, les anciens chefs d’États sont souvent des personnalités neutres qui ne vivent que pour la paix et par la paix, loin des intrigues politiques. Au Bénin, il n’est pas un secret que tous les anciens présidents de la République, qui ont goûté à cette grâce avant vous, ont toujours eu, à des degrés différents, une position plutôt partisane. Il n’y avait encore que vous pour entrer dans la peau et dans le rôle de ce vrai médiateur, ce prédicateur de paix, arbitre des quiproquos de la République. De toute évidence, vous avez renoncé à ce rôle. Votre nouvel engagement en politique ne constitue t-il pas un risque pour le pays? Vous convenez avec moi qu’il n’y a que vous pour calmer ces inquiétudes et répondre à ces interrogations des jeunes.

Je ne doute point. L’amour de la patrie est votre mobile. J’ai vu vos yeux couler des larmes à Djeffa, le redoutable bastion de l’opposition. Mais pour avoir fait la dure expérience pendant dix ans durant, vous le savez : l’improvisation en politique fragilise et rend stérile l’action. Pour ma part, je pense qu’il est urgent de donner à la jeunesse, des raisons valables pour qu’elle s’engage à nouveau à vos côtés. La dernière élection présidentielle vous a offert l’occasion de toucher du doigt que la carte politique du Bénin a entièrement changé de visage. Il y a bien des souvenirs qui traversent le temps et les ans. Et aujourd’hui, vous poursuivez encore un électorat qui, depuis 2016 n’est pas resté le même. Un électorat qui n’a peut-être pas changé devant les affres des réformes et de la souffrance. Vous me répondrez non! Le contexte n’est plus le même, me diriez-vous. Je vous donne raison. Les FCBE n’ont plus en renfort des partis politiques marchands d’illusions. Des partis politiques, grands de nom, mais que la cupidité, la trahison et les mauvais calculs politiques des leaders ont vidé de leurs militants. Suivez mon regard…! Il vous revient alors de convaincre. Les jeunes du Bénin que vous avez tant aimés, vous attendront sur ce terrain. Dans la 19ème circonscription électorale, l’attente est encore plus grandissante !

Je sais! Dans certaines circonscriptions électorales, la tâche vous sera plus aisée. Dans la 19ème, à laquelle j’appartiens, il n’est plus un secret que les traditionnels fiefs précieusement conservés depuis 1990 n’existent plus vraiment aujourd’hui. Le terrain de la conquête est plus que jamais ouvert. Vous pouvez saisir cette opportunité et amener les jeunes à revendiquer les mêmes ambitions que vous. Mais alors, je dois vous rappeler qu’aux temps forts du pouvoir, pendant que vous étiez encore le « Père de la Nation » vous n’avez jamais réussi à obtenir plus d’un siège sur les cinq en lice dans cette circonscription électorale. Aujourd’hui, vous n’avez plus le pouvoir d’Etat, la tâche sera sans doute beaucoup plus rude. Malgré tout, je sais que, quand on veut, on peut. Je reste aussi convaincu que chaque problème renferme les germes de sa propre solution. Vous pouvez donc réussir ce challenge si vous y déployiez une bonne artillerie politique. Alors, les jeunes vous attendent.

Dans l’espoir que vous viendrez bientôt avec le gosier chargé d’explications, je vous prie Monsieur le Président, de continuer à garder à l’esprit dans vos calculs politiques, que la vie est un éternel compromis.

Cédric HOUNNOU,
Citoyen engagé,
Jeune Leader du Bénin (2016)

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