Opinion : Autopsie d’une ascension révélée !

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Par : Déo Gratias KINDOHO

2011. Joseph Djogbenou l’activiste de la société civile a combattu la suppression du droit de grève consacré par la Constitution et pourfendu la Cour Constitutionnelle, mandature Robert Dossou, pour avoir validé un texte de loi, dans ce sens. Cela lui avait permis d’alimenter son réquisitoire visant Yayi Boni. Il avait construit sa popularité sur ses sorties répétées contre les initiatives liberticides du Yayisme, dans la peau de l’activiste de la Société civile mais aussi de l’avocat personnel de Patrice Talon aux heures chaudes des déboires de celui-ci avec Yayi. La Justice était à l’époque traitée de tous les noms d’oiseaux, notamment d’être à la solde du Pouvoir Exécutif, à travers Procureur et juges à la manœuvre. L’actualité de ces temps-ci au pays me replonge bizarrement dans ce passé pas si lointain.

C’est ainsi que Joseph Djogbenou, profitant de sa popularité croissant au fur et à mesure qu’empirait l’impopularité de Yayi, réussira à se faire élire député à l’Assemblée nationale et à vendre au peuple, la candidature de Patrice Talon comme la panacée aux dérives du régime qu’ils ambitionnaient de conjurer.

2016. Patrice Talon, une fois élu Chef de l’État, le fait ministre de la Justice, Garde des Sceaux. Ensemble, ils remettent sur le tapis la suppression du droit de grève aux mêmes motifs pour lesquels Boni Yayi l’avait entreprise; les mêmes motifs qu’ils avaient jugé fallacieux : des grèves excessives et dévoyées. La réforme du statut général de la fonction publique qui naît, au Parlement, de l’offensive des nouveaux princes est retoquée par la Cour Constitutionnelle sous la présidence de Théodore Holo qui en profite pour rétablir le droit de grève tel qu’entendu au sens de la loi fondamentale béninoise.

2018. Joseph Djogbenou, ministre de la Justice, devenu membre puis ensuite président de la Cour Constitutionnelle, il y a tout juste trois semaines, casse la décision Holo et juge la suppression du droit de grève conforme à la Constitution. Au départ de cette délibération, un simple recours introduit par deux « citoyens » là où nos textes fondamentaux déclarent les décisions de la Cour Constitutionnelle SANS RECOURS.

Le clou de l’affaire : la promulgation par le Chef de l’État du Statut général de la fonction publique ainsi saccagé, quelques minutes seulement après le retournement de situation opéré par la Cour Djogbenou.

La ruse et la rage sont les deux autres noms de la béninoiserie.

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