L’ÉCHEC DU MARTEAU, L’EMBARRAS DE L’ENCLUME (Opinion)

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Par : Deo Gratias KINDOHO

Une semaine s’est achevée avec – pour toutes celles et tous ceux qui, de près ou de loin, ont fait le succès de la campagne «Taxe Pas Mes Mo » – le sentiment de rentrer d’un long périple éprouvé par une route cahoteuse et la fierté du devoir accompli. C’est donc, on l’imagine, à la fois esquintés et requinqués que les dizaines de milliers d’internautes béninois et leurs soutiens de par la planète, entament la nouvelle semaine qui s’ouvre.

MTN nous est revenu de l’enfer dès hier. MOOV s’est, à son tour, dépêché de retrouver ses anciens repères. L’abrogation du décret présidentiel à l’origine des nouvelles taxes sur la consommation des Services Internet au Bénin a pris effet aujourd’hui à 00h. Les Opérateurs GSM, eux, n’ont pas attendu qu’il sonne l’heure pour acter le retour au statu quo ante : le rétablissement des forfaits internet et divers autres forfaits d’avant la surtaxe décrétée urbi et orbi sous la signature du Chef de l’Etat. Il doit avoir normalement signé un autre document qui retoque le premier mais qui, au fond, n’en scelle pas définitivement le sort ou du moins, n’annule pas l’intention de renchérir l’accès aux réseaux sociaux depuis le territoire béninois. Le jeu n’est pas clos. Une lecture stricte du communiqué du Pouvoir Exécutif faisant suite aux discussions avec les groupes de téléphonie mobile samedi, indique que nous serons appelés à remonter sur le ring.

Ce jour ne marquerait donc qu’une victoire d’étape, épilogue d’une semaine de grand émoi et de profonde indignation, à la mesure de la dangerosité de l’acte posé et de l’absurdité du décret qui le consacre, qui n’aurait jamais dû être mis en œuvre. Tant l’annonce de la mesure, plusieurs jours plus tôt, soulevait déjà bien des hostilités et de mises en garde, sur les réseaux sociaux, dans les médias classiques et via autres canaux utiles. La rébellion couvait et les rebelles ne ronchonnaient pas, retranchés dans un maquis. Ils étaient restés à découvert sur la place publique, là où ils ont tissé leur toile et où le pouvoir central se voyait les étriper. S’il n’avait pas été si imbu de sa toute puissance, il aurait su lire les signes et il n’y aurait jamais eu cette semaine dramatique pour le Bénin et pour les Béninois.

J’en tire comme principal enseignement qu’il n’y a pas de hasard. Il fallait que ce drame se produisît, que nos semblables terriens – d’où qu’ils vivent – fussent mis au parfum du malheur qui nous frappe. On en remercierait presque le régime dit de la rupture d’avoir été, à ce point, mal inspiré. La fronde a eu des échos inespérés dans le concert des nations. Elle a ouvert, pour le monde, une fenêtre sur la précarisation des libertés chèrement acquises et la fragilisation de l’Etat de droit au Bénin, érigées en politique nationale. Des mesures et lois liberticides à forte teneur crisogène adoptées les yeux bandés par une Assemblée nationale à la majorité sous tutelle, des opposants pourchassés et jetés en prison – sans charges prouvées ni jugées – en dépit de la Constitution béninoise et sous prétexte de lutter contre la corruption, la dynamique unanimiste insufflée à la presse à coup d’argent pendant que l’anticonformiste quotidien La Nouvelle Tribune est fermé pour offense au Président de la République… Ce sont autant d’actes attentatoires à la démocratie et aux libertés fondamentales pour lesquels nous n’aurions pas eu tort de nous soulever aussi massivement que nous nous sommes érigés contre la répression des voix contraires sur internet déguisée en taxation à outrance des réseaux sociaux. Le ministre des finances de son chef, Romuald Wadagni – le bien surnommé Romi le tontinier par Le Déchainé du Jeudi – avait consciemment ou inconsciemment vendu la mèche.

Pour chaque violation des principes démocratiques commise, nous aurions été fondés à crier haro sur le baudet, aussi fort que nous nous sommes écriés ces derniers jours. Il ne s’agit pas de se mêler de la politique. Il ne s’agit pas de politique. Il s’agit d’impératif de combat citoyen, de croisade patriotique pour la protection de nos droits et acquis. Peut-être n’avions-nous pas cerné l’enjeu ; peut-être que nos intérêts n’étaient pas en jeu mais maintenant nous le savons. Le mal construit sa propagation sur notre sens de la mesure. La surtaxe d’internet démontre, s’il en était encore besoin, que personne n’est à l’abri des élans tyranniques de ceux qui nous dirigent. Leur dernier assaut en date est loin d’être l’assaut final. Toutes les fois qu’un de leurs plans machiavéliques échoue, ils parviennent à le dérouler quand même.

Le compte rendu du Conseil des Ministres tenu dans la foulée de la séance de travail entre les membres du gouvernement, les Opérateurs GSM et l’Autorité de Régulation des Communications Electroniques et de la Poste (ARCEP) sous-entend que le dossier n’est pas vidé. Le coût de la connexion internet va irrémédiablement grimper. Le compte rendu persiste à souligner qu’ « en raison de l’évolution des technologies, le système de tarification en vigueur n’est plus adapté ». Le texte tend à expliquer la bronca des internautes par l’incurie des seuls MTN et MOOV soupçonnés par-ci « d’entente illicite » dans la mise en place des nouveaux tarifs, accusés par-là de légèreté dans la sensibilisation des consommateurs à la nouvelle donne et dans l’opérationnalisation technique des nouvelles offres. Les deux réseaux de téléphonie mobile sont appelés à siéger dans un comité composé également des Associations de consommateurs et d’autres parties prenantes pour « définir les mesures appropriées » visant entre autres, à « mettre en cohérence le système de tarification du secteur avec les nouveaux usages et technologies numériques » et à « accroître la contribution du secteur du numérique à la croissance économique ». Deux perspectives inquiétantes témoignant de ce qu’ils maintiennent le cap et comptent faire aboutir leur chantier. D’ici là, « les nouveaux tarifs annoncés (et déjà appliqués, ndlr) sont abrogés et les anciens restent en vigueur jusqu’à nouvel ordre ». Ceci signifie que la toile béninoise demeure sous la menace des taxes et qu’il faut se tenir prêt à relancer la riposte au besoin.
Dans le Bénin du 21è siècle, il n’y a nulle place pour oppresseur.

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