Bénin : Des écoles paient déjà un lourd tribut pour les inondations de 2018

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La rentrée scolaire 2018-2019 a commencé au Bénin depuis le 17 septembre 2018. Malheureusement, tous les enfants ne sont pas encore en classe. Cela ne dépend pas des acteurs du système éducatif ; mais plutôt de la crue de cette année qui a transformé certaines écoles en fleuves et lacs. Les autorités en charge de l’école ne sont pas restées les bras croisés.

Par : El-Hadj Affissou ANONRIN (Collaboration)

Dans la commune lacustre de Sô-Ava, la situation est très alarmante. C’est du moins ce que révèlent des chiffres officiels donnés par Sergio Hazoumè, maire de la localité. 46 écoles primaires et maternelles sur les 52 que compte la localité sont envahies par l’eau. Seul 01 Collège d’enseignement général (CEG) sur les 05 que compte ladite commune est épargné. Parmi les 06 écoles non-inondées, 02 sont difficiles d’accès.

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A Cotonou, capitale économique du Bénin que des géographes situent en dessous du niveau de la mer, ce n’est pas aussi la joie. Dans les quartiers comme Ladji, Vossa, Sainte -Cécile, Dandji, l’accès aux écoles constitue un risque.

A une quinzaine de kilomètres de Cotonou, la commune de Sèmè Podji révèle aussi que la vie n’a véritablement pas encore repris dans certaines écoles surtout primaires à cause de la montée des eaux. Tchonvi fait partie des localités les plus touchées. Des salles de classes immergées jusqu’à la fenêtre n’offrent aucune possibilité aux apprenants.

Si pour le moment aucune perte en vies humaines n’a été encore signalée dans ces trois communes, il faut tout de même reconnaitre que cet envahissement des établissements scolaires par les eaux a des conséquences fâcheuses sur les apprenants et le calendrier des activités académiques.

« En temps normal, l’accès aux écoles est un calvaire pour écoliers et enseignants de So-Ava. Actuellement avec la crue, presque toutes les écoles sont inondées. Les enseignants n’ont pas de résidence dans les villages où ils sont en poste. Il doivent quitter la ville d’Abomey-Calavi et environs ou les villages de la basse vallée pour rejoindre leurs classes tous les matins et cela entraine des retards dans le démarrage des activités pédagogiques », raconte Tobi Ahlonsou, cadre de la commune de So-Ava. « Le temps scolaire est écourté.  L’absentéisme atteint son pic parce que les parents préfèrent émigrer vers le Nigeria avec leurs progénitures, à la recherche de pitance quotidienne, les champs étant envahis par les eaux », poursuit-il.

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« En temps de crue, c’est très risqué de traverser les lagunes et les cours d’eau pour rejoindre les classes même en pirogue motorisée », a confié par ailleurs Sergio Hazoumè, Maire de la Commune de So-Ava.

« A l’aune de cet état de lieu, il est urgent de concevoir un calendrier scolaire spécial pour permettre aux enfants du lac de finir le programme scolaire car les résultats de fin d’année pour les examens nationaux ne sont pas à la hauteur des attentes », propose Tobi Ahlonsou. Ce qui n’est pas une utopie, surtout lorsqu’on se réfère aux résultats scolaires enregistrés l’année écoulée dans la commune lacustre.

Des résultats scolaires catastrophiques en 2017

Dans une étude récente qu’il a réalisée, M. Gabriel Dossou, Inspecteur de l’enseignement primaire à la retraite a mis un accent sur l’impact de ce phénomène de montée des eaux sur les résultats scolaires dans les zones lacustres. Le cas de So-Ava crève l’œil. (Voir encadré).

Des données recueillies, il ressort clairement que les taux de réussite des cinq centres d’examen du CEP (57,22 à80,96%) et même celui de la commune (72,08%) sont largement en dessous du taux de réussite du département de l’Atlantique (92,23%) mais plus élevés que celui national (64,44%) sauf les taux des centres d’Ahomey-Lokpo (57,22%) et de Sô-Tchanhoué (62,22%).

En ce qui concerne le BEPC, seul le CEG Ganvié affiche un taux de réussite (34,40%) supérieur à ceux départemental (34,26%) et national (28,63%). Tous les autres collèges de la commune ont chacun un taux de succès à la fois inférieur au taux de réussite départemental (34,26%) et à celui national (28,63%) à l’exception du CEG Vekky dont le pourcentage de réussite (28,83%) est encadré avec ceux de référence (départemental et national). « Ensemble, les collèges dans les zones lacustres n’ont pu réunir à l’examen du BEPC qu’un taux de succès de 24,91% plus bas que les taux de réussite de référence », souligne le rapport.

Le Baccalauréat quant à lui a fourni, toutes les séries confondues, au niveau de la commune, un pourcentage de 26,26%. Ces résultats se décomposent ainsi qu’il suit : CEG Gbéssou (17,14%) et CEG Sô-Ava (26,26%). Ici, les résultats du Baccalauréat, aussi bien au niveau de la commune que de chacun des deux collèges y ayant présenté des candidats, sont faibles. Les taux de réussite sont inférieurs d’au moins 15 points en ce qui concerne le CEG Gbéssou et de près de 10 points pour le CEG Sô-Ava à ceux de référence (39,54% pour le département et 33,43% pour le taux national).

« Somme toute, les résultats aux différents examens scolaires dans la commune de Sô-Ava n’ont pas comblé les attentes des acteurs du système éducatif encore moins des parents », a conclu M. Dossou. Au nombre des raisons qui expliquent ces résultats figurent en bonne place les facteurs géographiques, notamment la nature lacustre de la commune.

Des mesures urgentes

A So-Ava comme dans les autres communes sillonnées, les autorités ne restent pas les bras croisés. Au niveau local comme au plan national, des mesures sont prises. Il s’agit essentiellement de la sensibilisation des populations. L’Agence nationale de la protection civile est à l’avant-garde de cette action. A Ladji dans la commune de Cotonou, des écoles de résilience ont été construites grâce au soutien de la Banque ouest africaine (BOA). Cette grâce n’a pas encore atteint So-Ava malheureusement. Son Maire, Sergio Hazoumè en appelle déjà au concours des bonnes volontés. Ceci à travers un communiqué qu’il a rendu public le 28 septembre 2018.

« Les inondations sont des catastrophes naturelles dont la résurgence ne dépend pas des hommes », reconnait Rock Ahokpossi, Conseiller technique à la coopération et à la décentralisation au Ministère de l’enseignement maternel et primaire (Memp). « Nous essayons de pallier au plus pressé selon les moyens dont nous disposons », a-t-il ajouté.

« Il y a des écoles qui connaissent des inondations à chaque rentrée parce que les localités dans lesquelles elles sont installées sont prédisposées à l’inondation ( So-Ava, Ladji, Gangban…) », a-t-il nuancé. Pour lui, « Les inondations posent trois grands problèmes que sont :  Les infrastructures qui reçoivent un coup, les matériels pédagogiques qui, lorsqu’ils ne sont pas rangés comme il se doit, sont emportés par les eaux ou s’abîment et enfin, la perturbation des activités académiques doublée du mauvais fonctionnement du système scolaire».

« Avec les inondations, le temps scolaire est sérieusement laminé. Et depuis quelques années, le ministère de l’enseignement maternel et primaire réfléchit à comment faire pour élaborer des calendriers scolaires spécifiques à ces écoles installées dans les zones humides. Les réflexions se poursuivent et nous espérons qu’elles aboutiront puisqu’il faut une large consultation autour de ce sujet de grande préoccupation », a déclaré M. Ahokpossi qui rejoint ainsi la suggestion faite par Tobi Ahlonsou, cadre ressortissant de So-Ava.

Dieu merci, les inondations de cette année ne sont pas semblables à celles de 2010 où on a connu de grands déplacements de personnes. « Les difficultés qui sont recensées se résument en accès difficile aux écoles et en cours inondées. Là où les enfants ont difficilement accès aux écoles, le Memp se donne pour le moment le temps d’observation parce que ce n’est pas lui qui juge de l’opportunité de déplacer les gens, mais c’est le ministère de l’intérieur à travers la Direction de la protection civile qui a le lead en matière d’urgence », renseigne M. Ahokpossi.

Le plus important à retenir est qu’il a été mis en place dans les écoles où les classes n’ont pas véritablement commencé, un programme d’urgence pour accompagner les enseignants afin qu’ils revoient la manière d’aborder les programmes et les séquences de classes pour rattraper les heures perdues, surtout pour les classes d’examen.

Les résultats au CEP, Bepc et Bac 2017 à So-Ava

 RESULTATS AU CERTIFICAT D’ETUDES PRIMAIRES (CEP)

- Centre d’Ahomey-Lokpo
Présents.             : 166
Admis.                 :  95
Pourcentage.      : 57,22%

- Centre de Ganvié
Présents.            : 317
Admis.                : 236
Pourcentage.     : 74,44%

- Centre de Gbéssou
Présents.            : 298
Admis.                : 240
Pourcentage.     : 80,53%

- Centre De Sô-Tchanhoué
Présents.           : 360
Admis.                : 224
Pourcentage.     : 62,22%

- Centre de Sô-Ava
Présents.            : 310
Admis.                 : 251
Pourcentage.     : 80,96%

- Niveau communal
Présents.            : 1451
Admis.                 : 1046
Pourcentage.      : 72,08%

- Taux départemental
         92,23%

- Taux national
         64,44%
      
RESULTATS AU BREVET d’ETUDE DU PREMIER CYCLE (BEPC)

- CEG ahomey-Lokpo
Présents.            : 202
Admis.                :   26
Pourcentage.    : 12,87%

- CEG ganvié
Présents.           : 186
Admis.                : 64
Pourcentage.     : 34,40%

- CEG Gbéssou
Présents.            : 172
Admis.                 :  38
Pourcentage.     : 22,09%

- CEG sô-Ava
Présents.             : 200
Admis.                 :   55
Pourcentage.     : 27,50%

- CEG vekky
Présents.            : 163
Admis.                :   47
Pourcentage.     : 28,83%

- Niveau communal
Présents.            : 923
Admis.                : 230
Pourcentage.     : 24,91%

- Taux départemental
         34,26%

- Taux national
          28,63%
     
RESULTATS DU BACCALAUREAT 
     
- CEG Gbéssou
Présents          : 37
Admis              : 06
Pourcentage     : 17,14%

- CEG Sô-Ava
Présents           : 161
Admis               :    46
Pourcentage    : 28,57%

- Niveau communal
Présents           : 198
Admis.               :   52
Pourcentage   : 26,26%

- Taux départemental
            39,54%

- Taux national
            28,63%

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