Coopération Nord-Sud : Oliver NETTE dévoile les nouvelles orientations du partenariat Europe Afrique

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Par : Is-Deen O. TIDJANI

Au détour du déjeuner de presse qu’il a organisé à l’attention des hommes des médias le jeudi 4 octobre 2018 à la résidence de l’Union européenne à Cotonou, Son Excellence Monsieur Oliver NETTE, Ambassadeur, Chef de la délégation de l’Union européenne au Bénin, a dressé l’ossature des nouvelles orientations du partenariat entre l’Union européenne et l’Afrique en général et surtout entre l’Ue et le Bénin particulièrement.

Dans une démarche méthodologique, le diplomate Oliver NETTE, a expliqué aux hommes de la plume, du micro et des caméras, que ce partenariat reposera désormais sur 5 axes à savoir : les orientations politiques, les secteurs prioritaires du nouveau partenariat, la préparation du Post Cotonou, l’Assemblée parlementaire ACP-UE, de décembre et les élections législatives au Bénin.

Dans son développement sur ces différents axes, le diplomate, sans langue de bois, et dans un style be-to-be (questions-réponses), a répondu à toutes les interrogations des hommes des médias.

Sur le premier volet de cette nouvelle orientation (au plan politique) il faudra spécialement retenir que : »le nouveau partenariat avec l’Afrique est un partenariat fondé sur un nouveau paradigme d’égal à égal, une relation plus politique, de continent à continent, poursuivant l’objectif de créer des investissements et des emplois soutenables. Le focus est mis sur des intérêts partagés : l’appui aux investissements du secteur privé, le multilatéralisme, la sécurité. »

En ce qui concerne les secteurs prioritaires de ce nouveau partenariat entre l’Europe et l’Afrique (deuxième axe, ndlr), l’Ambassadeur Oliver NETTE souligne qu’il s’agira entre autre de : « …Stimuler les investissements stratégiques et renforcer le rôle du secteur privé grâce, notamment, à la réduction accrue des risques liés aux projets d’investissement au moyen d’une combinaison de subventions et de prêts, et de garanties ; investir dans l’humain en investissant dans l’éducation et les compétences ; renforcer l’environnement des entreprises et le climat d’investissement ; exploiter pleinement le potentiel de l’intégration économique et des échanges,… »

Le volet de l’axe n°3, celui ayant rapport à la préparation du Post Cotonou, permettra à l’hôte des hommes des médias de déclarer que « … L’accord de Cotonou, qui est le cadre actuel des relations entre l’UE et les pays ACP, vient à échéance fin 2020. Les négociations pour un nouvel accord devraient bientôt commencer. La commission européenne a fait des propositions de refonte fondamentale du système en place. L’enjeu de transformations des relations entre l’UE et les pays ACP se traduit dans une nouvelle architecture : un cadre juridique unique avec 3 piliers distincts, une relation de continent à continent (avec la conservation des acquis notamment pour les pays du Maghreb), une cohérence plus forte sur le plan politique. C’est la politique qui devrait primer à l’avenir. »

L’Assemblée parlementaire paritaire (ACP-UE) de décembre est le quatrième axe qui connaîtra des réformes dans la mise en œuvre du partenariat Europe Afrique. À ce sujet on retiendra que : « l’Assemblée parlementaire paritaire consacre une partie importante de ses travaux à la promotion des droits de l’homme et des processus démocratiques par le dialogue et la concertation ; permettre une plus grande compréhension entre les peuples de l’Union européenne et des États ACP et sensibiliser les opinions publiques aux questions de développement ; examiner les questions relatives au développement et au partenariat ACP-UE ; adopter des résolutions et adresser des recommandations au Conseil des ministres. »

Le Cinquième axe de la nouvelle alliance Europe – Afrique a trait à l’organisation des élections législatives au Bénin. Sur ce point, le Chef de la délégation de l’Union européenne s’est voulu rassurant. Il souligne que « L’UE suit avec attention le processus électoral en cours pour les élections législatives en mars-avril 2019 (d’option du code électoral, de la charte des partis politiques, de la révision de la liste électorale, etc…) »
Nous vous proposons ci-dessous, un résumé du contenu des échanges entre l’Ambassadeur, Chef de Délégation de l’Union européenne au Bénin, M. Oliver Nette et les médias.

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1- LES NOUVELLES ORIENTATIONS DU PARTENARIAT UA-UE (désormais plus politique)

- L’UE est le plus proche voisin de l’Afrique, constituant pour cette dernière le principal investisseur et partenaire dans le domaine du commerce et du développement, ainsi qu’une source de sécurité essentielle.

- L’Europe fournit la plus grande part de l’aide mondiale au développement. Ce qui la place en première position dans la communauté internationale des partenaires. L’Union procure à l’Afrique 31 milliards € d’aide publique au développement au cours de la période 2014-2020 pour dynamiser son économie.

- L’Union européenne est le principal investisseur en Afrique. Elle propose aussi le libre accès à son marché au moyen d’accords de partenariat économique, d’accords de libre-échange, notamment les zones de libre-échange approfondi et complet avec les pays d’Afrique du Nord, et du régime «Tout sauf les armes» avec les pays africains les moins développés (dont le Bénin).

- Le 12 septembre, à l’occasion de son discours sur l’état de l’Union, le Président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a déclaré que l’Afrique n’avait pas besoin de charité, elle a besoin d’un partenariat équilibré, d’un vrai partenariat. Et les Européens ont besoin au même titre de ce partenariat.

- La Commission européenne a donc proposé une nouvelle alliance entre l’Afrique et l’Europe, une alliance pour des investissements et des emplois durables.

- Le nouveau partenariat avec l’Afrique est un partenariat fondé sur un nouveau paradigme d’égal à égal, une relation plus politique, de continent à continent, poursuivant l’objectif de créer des investissements et des emplois soutenables. Le focus est mis sur des intérêts partagés: l’appui aux investissements du secteur privé, le multilatéralisme, la sécurité.

2- LES SECTEURS PRIORITAIRES DU NOUVEAU PARTENARIAT

- En termes de coopération, à l’heure actuelle, nous avons d’importants programmes d’appui budgétaire au Bénin. Il faut souligner que le Bénin est un des rares pays en Afrique à en bénéficier (grâce à sa stabilité et à son caractère démocratique et respectueux des droits de l’homme), et que cet appui est généreux en volume (60 % de l’enveloppe bilatérale de 372M€ pour la période 2014-2020 sans compter les mesures complémentaires liées aux appuis budgétaires). En termes de volume, l’appui dont bénéficie le Bénin au prorata de sa population dépasse largement ses voisins: il est de 33.200€ par habitant pour le Bénin, contre 28.725 € pour le Niger, 27.700€ pour le Togo….et 2.655 € pour le Nigeria.

- Toutefois, nous souhaitons dépasser ce cadre de coopération classique pour fonder un partenariat plus politique, centré sur des intérêts communs. C’est ainsi que nous souhaitons nous tourner vers une approche davantage axée sur l’appui au secteur privé et la stimulation des investissements dans des secteurs clés (tel celui de l’énergie et l’agriculture) aux fins de promouvoir croissance et création d’emplois dans un souci d’efficacité et de performance.

- De nouveaux outils innovants seront mis en œuvre à cet effet et s’ajoutent aux instruments de coopération classiques, tel que le très ambitieux Plan d’Investissement Extérieur (PIE) de l’UE: il s’agit d’une sorte de projet-pilote dans le contexte du Post-Cotonou. La composante principale de ce Plan vise à soutenir l’investissement privé grâce à un mécanisme de garanties.

- Les propositions soumises par les banques de développement sont à l’heure actuelle en cours d’analyse au Siège. Les premières propositions offrent des perspectives favorables pour le Bénin, notamment dans les secteurs de l’énergie, de l’agriculture, du développement urbain, et plus généralement du développement des PME et du micro-crédit.

- La proposition présentée par le Président Juncker montre l’engagement en faveur du renforcement du partenariat Afrique-UE et décrit une série d’actions clés, comme:

- stimuler les investissements stratégiques et renforcer le rôle du secteur privé grâce, notamment, à la réduction accrue des risques liés aux projets d’investissement au moyen d’une combinaison de subventions et de prêts, et de garanties;

- investir dans l’humain en investissant dans l’éducation et les compétences, au niveau du continent et au niveau national afin de renforcer l’employabilité et de faire correspondre compétences et emplois, avec notamment des bourses d’études et des programmes d’échange, en particulier dans le cadre d’Erasmus+;

- renforcer l’environnement des entreprises et le climat d’investissement, notamment en consolidant le dialogue avec les partenaires africains et en soutenant leurs réformes dans ce domaine;

- exploiter pleinement le potentiel de l’intégration économique et des échanges : en s’appuyant sur la mise en œuvre de la zone continentale africaine de libre-échange, l’idée à long terme est de parvenir à un accord de libre-échange intercontinental global entre l’UE et l’Afrique. Dans cette perspective, les accords de partenariat économique, les accords de libre-échange, notamment les zones de libre-échange approfondi et complet proposées aux pays d’Afrique du Nord, et les autres régimes commerciaux avec l’UE devraient être exploités dans toute la mesure du possible, pour former la base de la zone continentale africaine de libre-échange;

RÉSULTATS ESCOMPTÉS

- L’Alliance débouchera sur des résultats concrets, comme la création d’emplois pouvant atteindre le nombre de 10 millions au cours des cinq prochaines années. Grâce au soutien financier de l’UE mobilisé pour 2020:

- 35 000 étudiants et universitaires d’Afrique participeront à Erasmus+ d’ici à 2020. 70 000 autres en bénéficieront d’ici à 2027, pour atteindre un total de 105 000 personnes en dix ans.

- 750 000 personnes bénéficieront de mesures de formation professionnelle destinées à améliorer leurs compétences.

- 30 millions de personnes et d’entreprises bénéficieront de l’accès à l’électricité grâce aux investissements de l’UE réalisés dans les énergies renouvelables et à un renforcement de la capacité de production de 5 GW.

- 24 millions de personnes auront accès à des routes carrossables en toutes saisons grâce à nos investissements dans les infrastructures de transport.

- 3,2 millions d’emplois devraient être créés en Afrique au titre du plan d’investissement extérieur simplement par les programmes d’investissement axés sur les petites et moyennes entreprises.

- Doté d’une garantie de 75 millions €, un programme d’investissement unique issu du plan d’investissement extérieur créera 800 000 emplois.

3- PRÉPARATION DU POST COTONOU

- L’Accord de Cotonou, qui est le cadre actuel des relations entre l’UE et les pays ACP, vient à échéance fin 2020. Les négociations pour un nouvel accord devraient bientôt commencer. La Commission européenne a fait des propositions de refonte fondamentale du système en place. L’enjeu de transformations des relations entre l’UE et les pays ACP se traduirait dans une nouvelle architecture: un cadre juridique unique avec 3 piliers distincts, une relation de continent à continent (avec la conservation des acquis notamment pour les pays du Maghreb), une cohérence plus forte sur le plan politique. C’est la politique qui devrait primer à l’avenir.

- L’UE a pour objectif de mobiliser une enveloppe importante de ressources financières, comme en témoigne en particulier l’ambitieuse proposition pour le prochain cadre financier pluriannuel de l’UE en matière de financements extérieurs, tout particulièrement en faveur de l’Afrique, considérée comme une région prioritaire.

- L’UE ambitionne de renforcer encore son rôle comme acteur sur la scène internationale. Cette ambition se traduit dans une augmentation de 28% du budget proposée par la Commission européenne pour la politique extérieure (23% pour les pays sub-sahariens), et ce malgré le Brexit.

- Une autre proposition avancée est la budgétisation du FED, tous les budgets seraient rassemblés dans un instrument unique. La substance des relations connaîtrait aussi une évolution : l’aide au développement serait davantage centrée sur les priorités politiques arrêtées, avec un accent particulier sur les investissements.

4- L’ASSEMBLÉE PARLEMENTAIRE PARITAIRE ACP-UE, DE DÉCEMBRE

- Rôle de l’Assemblée parlementaire paritaire: Née d’un désir commun de rapprocher les représentants élus de la Communauté européenne, députés au Parlement européen et les représentants et élus des Etats d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (« pays ACP ») signataires de l’Accord de Cotonou.

- L’Assemblée parlementaire paritaire est composée, en nombre égal, de représentants de l’UE et des ACP. Les membres de l’Assemblée parlementaire paritaire sont, d’une part, des membres du Parlement européen et, d’autre part, des parlementaires ou, à défaut, des représentants désignés par le Parlement de chaque État ACP. En l’absence de Parlement, la participation d’un représentant de l’État ACP concerné est soumise à l’approbation préalable de l’Assemblée parlementaire paritaire.

- L’Assemblée parlementaire paritaire ACP-UE est devenue une institution unique au monde. C’est la seule assemblée internationale dans laquelle les représentants des différents pays siègent ensemble, régulièrement avec pour objectif la promotion de l’interdépendance Nord-Sud.

- Institution parlementaire et démocratique, l’Assemblée parlementaire paritaire ACP- UE a pour vocation de promouvoir et de défendre le processus démocratique, afin de garantir le droit des peuples à déterminer eux-mêmes les objectifs et le mode de leur développement.

- Son rôle s’est renforcé depuis l’entrée en vigueur du Traité sur l’Union européenne et l’élargissement de celle-ci. L’Assemblée parlementaire paritaire consacre une partie importante de ses travaux à la promotion des droits de l’homme et des processus démocratiques par le dialogue et la concertation; permettre une plus grande compréhension entre les peuples de l’Union européenne et des États ACP et sensibiliser les opinions publiques aux questions de développement; examiner les questions relatives au développement et au partenariat ACP-UE; adopter des résolutions et adresser des recommandations au Conseil des ministres.

- Elle se réunit deux fois par an en session plénière, alternativement dans l’Union européenne et dans un État ACP. La 36ème session de l’Assemblée Parlementaire Paritaire se tiendra au courant de la première semaine de décembre 2018 à Cotonou, la 35ème s’étant tenue à Bruxelles (Belgique) du 18 au 20 juin 2018.

- Cette session est organisée en étroite collaboration avec l’Assemblée nationale du Bénin et permettra des échanges entre parlementaires béninois, européens et des pays ACP.

5- LES ÉLECTIONS LEGISLATIVES AU BENIN

- L’UE suit avec attention le processus électoral en cours pour les élections législatives en 2019 (adoption du code électoral, de la charte des partis politiques, révision de la liste électorale, ect…)

- L’UE se réjouit du fait que le Bénin partage les mêmes valeurs de démocratie et de respect des droits de l’homme que l’Union, dont témoigne le régime d’alternance politique dans le pays. Des élections libres, indépendantes et équitables sont une condition sine qua non d’un régime démocratique.

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