« … Nous avons fait échouer le deuxième assaut sur notre constitution… » dixit Guy Mitokpè au sujet du 7e rapport d’activités de Houngbédji

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Par : Is-Deen O. TIDJANI (D.O.T)

Les honorables députés étaient au parlement hier lundi 29 Octobre 2018. Ils ont été conviés par le président Adrien Houngbédji afin de procéder entre autre à la validation/adoption du septième rapport d’activité du Président du parlement béninois. À cette occasion, latitude a été donnée aux représentants du peuple de donne leurs opinions sur ledit rapport. C’est ainsi que le jeune député Guy Dossou Mitokpè pris la parole pour exprimer ses criantes et énumérer ses griefs. De façon générale, on retiendra que le jeune député de l’opposition a déploré ce qu’il appelle la période extrêmement noire pour la démocratie béninoise. Lire ici l’intégralité de ses déclarations transcrites par nos confrères.

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« Monsieur le président de l’Assemblée nationale. Je voudrais vous remercier infiniment pour la parole que vous m’accordez parce j’étais rentré un peu après l’heure d’enregistrement des noms. Je crois qu’il va falloir, c’est une doléance, que nous puissions insérer dans nos habitudes au sein de l’Assemblée nationale, à des moments donnés, des barouds d’honneur parce que franchement cette prise de parole de la présidente Rosine Soglo mérite quand même un baroud d’honneur. Je crois que après sa prise de parole, j’aurais bien voulu me taire. Elle a été totalement en phase avec ce que je compte dire.
Monsieur le président de l’Assemblée nationale, nous prenons la parole pour nous exprimer sur les activités au sein de l’hémicycle au cours de la période du 1er avril au 30 septembre 2018. Je crois que je fais bien de préciser cette période parce que c’est une période noire pour notre démocratie. C’est une période extrêmement noire pour notre démocratie parce que tout le plan qui a été conçu par l’Exécutif avec sa majorité mécanique à l’Assemblée nationale a été aisément mis en exerce au cours de cette période. C’est au cours de cette période que nous avons fait échouer le deuxième assaut sur notre constitution et c’est curieusement au cours de cette période que la majorité ayant vu ses échecs répétitifs sur notre constitution, a décidé d’introduire un certain nombre de lois, ce que j’ai appelé des lois de contournement. C’est d’hommage pour notre démocratie parce que l’hémicycle, je dirai cette 7ème législature est quand même remplie de personnes assez sages et assez bien instruites, en la personne même d’abord de vous-même Monsieur le président de l’Assemblée nationale. Vous n’êtes pas des moindres. Vous faites partie des hommes de loi les plus respectables de notre pays. Mais malheureusement, l’Assemblée nationale au cours de cette période s’est complètement fourvoyée et l‘Assemblée a été détournée de ses objectifs. Tout à l‘heure, lorsque le premier vice-président de l’Assemblée nationale a pris la parole, il était revenu un peu sur les rôles de l’assemblée nationale à savoir consentir l’impôt, voter des lois et contrôler l‘action du gouvernement.

En ce qui concerne le fait que l’Assemblée nationale consente l’impôt, nous avions été surpris de voir le 25 juillet dernier, un décret qui a été signé du président de la République qui comptait augmenter les tarifs sur les Gsm. Si nous étions une Assemblée nationale qui joue réellement son rôle, je pense que ce décret ne devrait pas être pris sans que nous ne puissions être concertés parce que nous consentons l’impôt. On ne peut pas augmenter comme on veut, rendre difficile comme on veut la vie des citoyens tout en oubliant que nous sommes dans une République et que nous sommes dans un système démocratique.

En ce qui concerne le fait de voter des lois, nous avons voté des lois et cela est revenu maintes et maintes fois, plus précisément au cours de ce week-end où au cours de beaucoup de meetings politiques, il a été mis en exergue deux lois fondamentales c’est-à-dire, la charte des partis politiques et le code électoral. Pour ma part, je crois que ces deux lois ont célébré la mort définitive de notre démocratie parce que désormais, nous devenons le premier pays au monde où une caution pour être président de la République est de 250 millions de F Cfa et pour déposer une liste pour la députation, il faudrait déposer désormais 249 millions de F Cfa. Je crois que ce n’est pas en l‘honneur de l’image de notre pays. Désormais nous devenons une ‘’poutraucraltie’’, c’est-à-dire une démocratie qui a pour carburant l’argent, l’argent et beaucoup d’argents. Et l’histoire retiendra que c’est au cours de cette période de la 7ème législature, c’est-à-dire du 1er avril 2018 au 30 septembre 2018, que l’assemblée nationale a concédé ces faits à l’exécutif. C’est un peu d’hommage pour notre démocratie parce que pendant longtemps, nous avons été qualifiés de quartier latin d’Afrique. Et je l’ai moi-même exprimé au cours d’une émission sur une télévision. A défaut de nous conduire au développement, que personne ne sous arrache notre sécurité et notre liberté. Aujourd’hui, tous ceux qui veulent parler dans le pays, Monsieur le président, ont peur sauf ceux qui veulent louanger ou ceux qu’ils veulent être des laudateurs du régime. Si c’est pour critiquer, si c’est pour dénoncer, les citoyens ont désormais peur. Et c’est entretenu par le régime. Et cet état de fait est entretenu par la majorité au parlement. C’est pour cela que je disais que cette période du 1er avril 2018 au 30 septembre 2018 n’est pas une période glorieuse pour notre démocratie, parce que au cours de cette période, le parlement a laissé faire, au cours de cette période, le parlement a protégé certains qui méritent qu’on les interpelle parce que ayant été déjà ministres dans des gouvernements passés, et pendant ce temps, le parlement a livré ceux qui ont eu le courage de ne pas faire la louange de l’Exécutif et ceux qui ont eu le courage de dénoncer des faits de l’Exécutif. Nous sommes tous des prisonniers en sursis, du moins, ceux de la minorité parlementaire. Nous sommes de potentiels prisonniers ; à tout moment, on peut nous prendre. Désormais les magistrats ont peur parce que à tout moment, on peut les radier. Les avocats ont peur, à tout moment on peut leur faire des redressements fiscaux. Nous, même notre immunité parlementaire n’est plus respectée parce que lorsque vous parlez, vous constatez que des gens vous font des clins d’œil pour dire, ‘’mon petit, tu parles un peu trop’’. Donc, c’est ce que notre démocratie est devenue. Et cette démocratie est devenue ce que nous sommes en train de constater pas sans cette période du 1er avril 2018 au 30 septembre 2018. Je crois même que au cours de cette période du 1er avril 2018 au 30 septembre 2018, cela s’est exacerbé. Monsieur le président de l’Assemblée nationale, pour moi, c’est une période au cours de laquelle notre démocratie a été décapitée. Désormais, tous ceux de la minorité qui veulent parler font des calculs ; à tout moment on peut les prendre. Et ça ressemble à un pays que ceux qui nous dirigent visitent fréquemment. Ça ressemble aux pratiques de ce pays. Donc Monsieur le président de l’Assemblé nationale, moi je ne suis pas content de cette période parce que c’est une période au cours de laquelle l’Exécutif et la majorité au parlement ont convolé, et nous ne pouvons pas apporter notre caution à cette complicité contre notre démocratie. Monsieur le président de l’Assemblée nationale, je suis un peu meurtrie dans mon âme parce que depuis que j’ai fait mon entrée dans cet hémicycle, à part le vote du dernier rapport où j’étais absent, j’ai eu l’habitude d’apporter ma caution à votre rapport d’activités. D’abord parce que j’ai beaucoup d’estime pour votre connaissance et pour votre personnalité, et j’ai toujours pris cela comme un privilège pour moi d’être dans un hémicycle pour lequel vous êtes le président mais malheureusement aujourd’hui, je ne pourrai pas apporter ma caution à ce rapport parce que la période citée pour moi est une période noire, la période citée est la période au cours de laquelle vous aviez participé à la mise en terre de notre démocratie. Cette démocratie comme le Christ, ressuscitera et j’en suis convaincu. C’est pour cela que nous travaillons. Nous travaillons afin que cette démocratie enterrée par vous-même et la majorité ne puisse pas rester en terre. Je vous remercie. »

Propos transcrits par El-Hadj Affissou Anonrin

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