La jeunesse politique : fer de lance ou enfer d’ignorance ?

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Par : Florent Raoul Couao-Zotti

Il y a eu « les fous du roi », puis les » jeunes patriotes », puis les « jeunes turcs », puis, aujourd’hui, les « jeunes empereurs ». Qu’ils aient soutenu Kérékou ou Yayi, qu’ils soutiennent aujourd’hui Talon, ils naissent tous avec des maladies incurables que leur ont transmises leurs géniteurs patentés, ces hommes politiques carriéristes, dinosaures aux dents longues et aux convictions interchangeables. Ils ne copient pas leurs pères, ils sont trop paresseux pour cela: le seul fait de se revendiquer de leur filiation suffit à faire d’eux des machines à dupliquer les mêmes bêtises que leurs paternels.

Aux temps bénis du Caméléon par exemple, il y eut d’étranges gugus, regroupés dans un mouvement alors inconnu, appelé  » « les fous du roi ». Dans la culture historique de nos traditions, le fou du roi est l’amuseur public confiné à la cour et seul habilité, dans sa douce démence, à dire au roi que les pets qu’il émet sont puants alors que les courtisans lui font croire exactement le contraire. Les fous de Kérékou avaient le nez si enfoui dans les affaires de commissions des trafics juteux au Port Autonome de Cotonou qu’ils ne pouvaient flairer aucune odeur de mal gouvernance. Résultat de la distraction: chacun s’est retrouvé sur un petit monticule de CFA, avec, comme corollaires, le FVV (Femmes Villas Voitures) de rigueur. Mais certains de ces jeunes avaient eu l’appétit tellement glouton qu’ils étaient devenus obèses, incapables de jouer aux fous. Alors, quand en 2006, Yayi vint au pouvoir, seuls deux pelés de l’ancienne équipe sont réapparus, mais enrichie de trois nouveaux quidams. Des nouveaux venus qui devraient donner l’impression qu’il y avait du neuf dans le front jeunesse pro celui-qui-est-là. Ce fut ainsi que les « jeunes turcs » virent le jour. Ce qui n’est guère surprenant, c’est que le Président de ce mouvement, Lucien Medjico arborait une tête de Turc – le dictionnaire français appelle ça « tête à claques » – si bien qu’il était presque impossible de le sauver du ridicule. En effet, chaque fois qu’il prenait la parole pour défendre Yayi Boni, on se gondolait de rire.

Concomitamment à la création de ce mouvement, il y avait l’autre dont les affaires – eh oui, ils sont tous devenus des businessman ont commencé à battre de l’aile. Il s’agit de Frédéric Behanzin. Yayi étant devenu trop regardant sur les rentrées hautement sous-marines du port, il fallait détourner son attention avec un mouvement basé sur les cris et les hurlements. Est-ce pour cela que la presse avait titré que les « jeunes patriotes » étaient nés avec les dents? Les monologues à la radio et à la télévision de notre ami Fredo étaient si fréquents qu’un humoriste, en panne d’inspiration, voulait copier sur lui pour son spectacle. « Il est époustouflant de comédie  » m’a confié l’artiste. Mais, pourquoi, diable, ce terme de « patriotes » qui rappelle aux Ivoiriens de tristes souvenirs pendant la guerre civile ?

Le même problème de mémoire apparaît également dans la formulation du nouveau groupe qui vient de se créer : les « jeunes empereurs du Bénin » survenu avec l’élection de Patrice Talon….Fredo qui voulait encore occuper le terrain malgré ses rides et son ventre de quadragénaire, a été poussé vers la sortie par cette autre nouvelle nébuleuse. Mais qui a inspiré à ces « empereurs » une telle appellation? Ce nom paraît tellement idiot que les premiers pas posés par ces jeunes sont à leur image. À l’heure où Patrice Talon est difficilement vendable, ils ont placardé partout un cliché du Président. Savent-ils ce que le terme « jeunes empereurs » renferme ? …Leurs ainés politards ne leur ont rien enseigné là dessus, semble-t-il. Ils ont raison de les laisser se débrouiller seuls. À leur âge, la connerie est encore rattrapable.

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