(Le leadership du RFLD salué par la CADHP)
L’Hôtel Les Oliviers de Porto-Novo vibre depuis le mardi 28 juillet au rythme du Sommet féministe des données en Afrique de l’Ouest. Pendant trois jours, des parlementaires, magistrats, journalistes de données, chercheurs, défenseurs des droits humains et représentants de la société civile venus de plus de 35 pays africains se retrouvent pour une mission claire : transformer la donnée en action politique.
Par Is-Deen TIDJANI
© BOULEVARD DES INFOS
À l’initiative du Réseau des Femmes Leaders pour le Développement (RFLD), réseau féministe panafricain fondé en 2013 et fort de 670 organisations membres, cette rencontre de Porto-Novo qui se tient du 28 au 30 juillet 2026 n’a rien d’une conférence classique. Placé sous le thème « Décoloniser les données : construire des futurs numériques féministes en Afrique de l’Ouest », le Sommet vise à combler une faille structurelle.
En effet, en Afrique de l’Ouest, les statistiques sur les droits des femmes, l’espace civique et les violences numériques existent. Mais elles restent cloisonnées, dispersées entre institutions, langues et formats. Et n’arrivent presque jamais jusqu’à ceux qui votent les lois et rendent la justice.
« Il ne manque pas de données. Il manque l’infrastructure pour les faire parler », résume l’équipe du RFLD pour justifier cette rencontre aux enjeux salutaires.
DƆNÙESÈ : le cœur qui fait battre la donnée
C’est depuis le Centre de données DƆNÙESÈ du RFLD que le Sommet a été pensé. Hébergé entre Cotonou et Porto-Novo, DƆNÙESÈ s’impose déjà comme une référence continentale. Il regroupe le Hub du Protocole de Maputo, le Hub de l’ACDEG, la Plateforme législative ouest-africaine, ainsi que des bases de données sur l’espace civique, les pratiques néfastes et la santé et les droits sexuels et reproductifs.
Avec 4 bureaux – Cotonou/Porto-Novo, Accra, Dakar ouvert en juin 2026, et Banjul – le RFLD joue un rôle hybride unique : infrastructure de politiques publiques, financement participatif, outils de données ouvertes et mise en œuvre directe de programmes.
En 2025, sur 1,77 million de dollars mobilisés, 85% ont été injectés directement sur le terrain.
Trois jours pour passer des statistiques à la loi
Le programme articule diagnostic, pratique et consolidation. Au premier jour des assises, les débats ancrés sur les fondements ont porté sur le cadre normatif de la CADHP, notamment les résolutions 657, 620 et 522.
En plénière, des expertes comme Bakare Simbiat de Naija Feminist Media et le Rapporteur spécial de la CADHP, Rémy Ngoy Lumbu, ont décortiqué la censure numérique, le TFGBV et le rétrécissement de l’espace civique. En ateliers, 4 pistes ont été lancées : censure et fermetures, TFGBV, liberté de la presse, décolonisation des données et IA.
Dans la journée du mercredi 29 juillet 2026, deuxième jour d’échanges, les travaux ont porté sur la protection et les compétences. Un focus a été fait sur la protection numérique tenant compte du genre pour les femmes et les personnes handicapées, et sur les mécanismes de solidarité afro-féministe. Les participants ont aussi suivi des ateliers pratiques de sécurité numérique. Chaque groupe de travail a été amené à rédiger une note d’orientation permettant de cibler une lacune législative ou institutionnelle.
La journée du jeudi 30 juillet, dernier jour, sera consacrée à la consolidation des acquis. En effet, plusieurs notes seront fusionnées pour donner naissance au projet d’Agenda régional féministe des données 2026-2028. Cette journée sera marquée par le lancement du collectif transfrontalier de données chiffrées, doté de canaux sécurisés et d’un protocole d’alerte rapide pour protéger les défenseures menacées. Une table ronde sur le financement, incluant le Fonds WAFF, clôturera les travaux.
Un hommage fort de la CADHP
Le Rapporteur spécial de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples a marqué le Sommet de son empreinte.
« Je tiens à saluer le leadership de Madame Gloria Dossi Sêkonnou AGUEH, Directrice Afrique, et de Monsieur John Gbénagnon, Directeur du Développement, de la Mobilisation des Ressources et des Partenariats du RFLD. Leur engagement, leur rigueur et leur capacité à bâtir des ponts font du RFLD un partenaire stratégique pour la CADHP », a-t-il déclaré devant une salle comble. Pour rappel, le RFLD détient le statut d’observateur n°553 auprès de la CADHP et copréside le Conseil consultatif du programme GIZ/BMZ SEA-T.
Vers une infrastructure régionale
Au terme des travaux, une feuille de route sera adoptée et tournera autour de trois priorités : institutionnaliser le dialogue entre la CADHP et les réseaux de femmes, renforcer les capacités d’analyse transfrontalières, et garantir que les données produites localement atterrissent dans les parlements et les tribunaux.
Pour le RFLD, qui intervient sur 6 fronts – SDSR, espace civique, égalité politique, droits humains, justice climatique et lutte contre les VBG – l’enjeu reste le même : donner aux femmes les outils pour peser sur les décisions qui les concernent.
Rendez-vous est pris en 2027 à Dakar pour évaluer les premiers résultats.
À propos du RFLD
Le Réseau des Femmes Leaders pour le Développement est un réseau féministe panafricain actif dans plus de 35 pays. Reconnu d’utilité publique, il œuvre pour une Afrique où les femmes décident, financent et mettent en œuvre les politiques qui les concernent.
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