(CADHP, Suède et Allemagne autour des défenseurs des droits des femmes)
L’Honorable Professeur Remy Ngoy Lumbu, Rapporteur spécial sur les défenseurs des droits humains et Point focal sur les Représailles en Afrique de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP), s’est joint mardi à l’Ambassadrice de Suède au Sénégal et aux représentant·e·s diplomatiques et de coopération bilatérale de l’Allemagne au Bureau de Dakar du Réseau des Femmes Leaders pour le Développement (RFLD), pour une concertation institutionnelle afroféministe de haut niveau sur la protection des défenseuses des droits humains en Afrique de l’Ouest.
Tenue sous le titre Solidarité, Protection et Lignée d’Engagement, la rencontre a réuni une trentaine de participant·e·s dans la salle du Bureau RFLD de Dakar à la Cité Keur Gorgui, marquant le lancement officiel du quatrième bureau régional du réseau. La concertation s’est déroulée à huis clos sous la règle de Chatham House, avec l’anglais et le français comme langues de travail.
La signature politique de la rencontre tient dans une équation diplomatique inhabituelle pour le paysage continental ouest-africain : trois piliers institutionnels — un mécanisme continental (CADHP), une politique étrangère féministe européenne (Suède) et une coopération bilatérale stratégique (Allemagne) — réunis dans la même salle autour d’une organisation panafricaine afroféministe basée à Porto-Novo, et co-présidente d’un programme structurant financé par le Ministère fédéral allemand de la coopération économique et du développement (BMZ).

Son Excellence Catharina Cappelin, Ambassadrice du Royaume de Suède au Sénégal, était accompagnée de Madame Khady Touré, Chargée de Programme et Affaires Politiques à l’Ambassade de Suède à Dakar. La République Fédérale d’Allemagne, elle, était représentée à trois niveaux institutionnels complémentaires : diplomatiquement par Madame Henriette Wolf, Première Secrétaire (politique) à l’Ambassade de la République Fédérale d’Allemagne à Dakar ; par la coopération bilatérale via Madame Katja Roeckel, Directrice Pays de GIZ Sénégal ; et au niveau programmatique par Monsieur Mathias Muehlhans, Directeur de Programme de GIZ Sénégal.
L’intervention du Rapporteur spécial a mis en avant le bilan institutionnel continental : le corpus normatif construit par les États parties à la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, le Protocole de Maputo, et les Résolutions CADHP — particulièrement la Résolution 522 sur les droits numériques des femmes et la Résolution 596 sur les défenseuses — établit déjà le cadre normatif de la protection des défenseuses sur le continent. La question non résolue, a-t-il affirmé, est opérationnelle : comment le travail du Rapporteur spécial, du Groupe de Travail sur les Défenseurs des Droits Humains et du mandat sur les Représailles se traduit-il en protection que les défenseuses vivent effectivement au niveau pays, particulièrement dans les contextes de gouvernance transitionnelle ?
L’engagement institutionnel de la Suède avec RFLD passe par Sida, l’Agence Suédoise de Coopération Internationale au Développement, qui finance RFLD comme partenaire du consortium NAFASI — le mot swahili pour espace. NAFASI est une initiative de trois ans visant à défendre l’espace civique numérique africain, dirigée par Magamba Network (Zimbabwe, pan-africain) et mise en œuvre en consortium avec DefendDefenders (Ouganda) et RFLD (Afrique de l’Ouest et Centrale, corridors francophones et lusophones).
L’engagement institutionnel de l’Allemagne avec RFLD se situe à deux niveaux complémentaires. Au niveau de la gouvernance continentale, RFLD est co-présidente du Conseil Consultatif du Programme SEA-T, l’organe d’orientation stratégique du programme Society. Equality. Africa – the Transformation financé par le BMZ et mis en œuvre par la GIZ. Au niveau de la mise en œuvre opérationnelle, le BMZ finance RFLD avec l’appui de la GIZ à travers l’Initiative Afroféministe pour le Développement des Droits Humains en Afrique de l’Ouest Francophone (AIHRDFWA), travaillant en concertation avec les autorités nationales de huit pays ouest-africains francophones.
La concertation a examiné avec une lucidité critique le fonctionnement opérationnel des mécanismes continentaux et régionaux de protection disponibles pour les défenseuses, notamment le système CADHP lui-même et le mandat sur les Représailles, le cadre de la CEDEAO et son Bureau Genre, l’Architecture Africaine de Paix et de Sécurité, et le système africain des droits humains au sens large. Monsieur Naji Moulay Lahsen, Directeur de CIDH Sahel et Afrique du Nord, a apporté la perspective comparative de son mandat trans-régional, identifiant les synergies opérationnelles entre le travail continental de la CADHP et l’architecture des droits humains du Sahel et de l’Afrique du Nord.
L’expertise indépendante senior du système africain des droits humains est venue de Madame Hannah Forster, actuelle Directrice exécutive du Centre Africain pour la Démocratie et les Études des Droits de l’Homme (ACDHRS, Banjul) et fondatrice historique du Forum des ONG auprès de la CADHP. Cette institution, qu’elle continue d’animer depuis Banjul, est l’espace par lequel la société civile africaine engage le système continental des droits humains comme partenaire de plein droit depuis les années 1990. Sa présence à Dakar a inscrit dans la salle la mémoire institutionnelle longue de l’engagement de la société civile auprès de la CADHP.
L’analyse juridique a été portée par le Professeur Mabassa Fall, juriste et expert senior du système africain des droits humains, qui a articulé en une formule qui pourrait marquer les conversations continentales à venir : le système africain des droits humains n’est pas sous-développé en instruments ; il est sous-développé dans les mécanismes par lesquels la société civile, et les défenseuses spécifiquement, peuvent convertir les décisions continentales en protection nationale.
Des défenseuses des droits humains invitées depuis l’ensemble de la région ouest-africaine étaient présentes, y compris depuis les contextes sahéliens et de gouvernance transitionnelle du Mali, du Burkina Faso, du Niger et de la Guinée, où l’espace civique s’est contracté significativement. L’une d’entre elles a articulé l’enjeu en une phrase qui pourrait devenir la signature éditoriale de la rencontre :
« Du Mali, du Burkina Faso, du Niger, de la Guinée, du reste de l’Afrique de l’Ouest, nous voyageons avec la connaissance que l’espace civique se contracte là où nous travaillons. Nous ne sommes pas venues pour de la sympathie. Nous sommes venues pour la solidarité, la protection, et la lignée d’engagement que cette salle a reconnue. »

RFLD était représenté au niveau senior par Monsieur John GBENAGNON, Directeur de la stratégie et du développement, tandis que les principales discussions étaient conduites par Madame Bathor Seck, Représentante Pays RFLD pour le Sénégal, au nom de Madame Dossi Sêkonnou Gloria AGUEH, Directrice Afrique.
RFLD est un intermédiaire afroféministe panafricain, conçu, gouverné et dirigé par des femmes africaines, avec quatre bureaux à Porto-Novo, Accra, Banjul et Dakar et un réseau de 670 organisations membres à travers plus de 35 pays africains. Le réseau lève actuellement entre 15 et 50 millions USD sur sa période stratégique 2026-2028, structurée autour de huit axes programmatiques incluant le Fonds WAFFF, l’Africa Portfolio Grant, le Mécanisme de Réponse Rapide pour les Défenseuses, le DƆNÙESÈ Data Center, le Programme BRAVE, le Programme PAWELE Santé, la Campagne Continentale pour l’Abandon des Mutilations Génitales Féminines, et le Programme Justice Climatique.
La présence continue de la GIZ et de Sida dans la salle de Dakar a reflété un partenariat soutenu entre pairs, en complémentarité avec l’action des États africains et des mécanismes continentaux, et dans le respect des priorités nationales conformément aux principes d’efficacité de l’aide articulés à Paris, Accra et Busan.








