Interview : "Je suis un percussionniste ; je ne suis pas chanteur…" dixit Danialou Sagbohan

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Il est du nombre de ces rares artistes béninois qui arrivent depuis toujours à tenir le public en haleine pendant plusieurs heures sans jamais montré une once de fatigue. Lui, c’est Danialou Sagbohan plus connu sous différentes appellations comme : « l’homme orchestre », « Hagbè national », « amanssingô » (bouteille de décoction), etc… Cette vedette de la musique béninoise qui est à la fois, instrumentiste, percussionniste, en somme une véritable bête de scène, avoue que son succès est en partie une prime à sa passion pour les livres. Né vers 1950 de Amoussou Zannou Yéssoufou et de Zaïnab Houssouaganssi, Danialou Sagbohan est devenu malgré lui, une bibliothèque de la musique qui n’est pas prête de fermer ses portes. A travers cet entretien à bâtons rompus avec nos confrères du quotidien de service public « La Nation« , Danialou Sagbohan se confie et révèle même des « secrets » sur sa vie. On croyait tout savoir sur l’homme orchestre
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Vous êtes l’un des rares artistes de votre génération à avoir une facile expression en langue française. Avez-vous fait des études ?
Danialou Sagbohan : Mes parents ne m’ont pas permis de beaucoup apprendre la langue du Blanc. Si je comprends la question qu’on me pose, je réponds. Je n’ai pas de diplôme. Après mon Certificat d’études primaires, j’ai intégré le centre Céramic de Cotonou. Moi, je suis né pour créer. Depuis mon enfance, je créais des choses, des objets d’arts et autres. J’ai fait à peine trois ans dans le centre et je me suis libéré. Je me suis auto-formé en ce qui concerne ma manière de parler français. Je me suis dit mais quand tu es un artiste et que tu ne peux pas te faire comprendre quand tu parles, ce n’est pas bien. Donc, je me suis auto-formé. J’ai beaucoup lu. Pas comme vous les diplômés, mais j’ai lu quand même des choses. En réalité, je n’aime pas trop le français, car ce n’est pas la langue de mon père.
Quels ont été vos premiers contacts avec la musique ?
(Rires). Depuis mon enfance. Je jouais avec mes parents avant d’intégrer le cours primaire. Je me suis habitué aux improvisations avec les parents, les zangbétos et autres, avant d’intégrer l’école primaire publique d’Ekpè. J’ai donc grandi dans la chanson.
À quel moment avez-vous décidé de faire carrière dans la musique ?
(Soupirs). Je suis un percussionniste ; je ne suis pas chanteur. C’est après que je suis venu à la chanson, par la force des choses. A l’époque, il fallait se faire voir, se faire valoir. Les chanteurs étaient les plus en vue. J’ai commencé le Cours élémentaire première année en étant le premier chanteur de ma classe. J’étais celui qui entonnait les chansons en classe. Par la suite, je suis devenu un chanteur professionnel.
Quel est le premier instrument de musique que vous avez touché dans votre vie, et à quel âge ?
C’était le Gankéké (le gong traditionnel). J’avais six ans. Je dois vous rappeler que mes parents étaient membres d’un groupe artistique avant de mettre au monde. Or, si tu maitrises le Gankéké, tu peux gérer un groupe. Si ton Gankéké est faux, c’est que ton groupe est faux, et ta musique est fausse. Tu auras un faux rythme. Je peux jouer au gong même en dormant.
Vos parents étant musiciens, quel a été leur réaction quand vous avez commencé par développer des talents ?
Mon père n’a pas aimé que je sois un musicien. Avant de finir l’école, j’étais déjà le meilleur batteur du village à mon âge. On était quatre, mais les autres n’étaient pas écoliers. Quand j’ai commencé par jouer avec les grands au village, mon père n’était pas content. Au cours d’une manifestation au village, j’étais à la tumba. Les tumbas sont au nombre de trois. Avec l’aide d’un tabouret, je jouais trois tumbas. J’avais neuf ans. Malgré mon jeune âge, j’étais un excellent joueur. C’était la musique congolaise qu’on jouait en ce temps-là. Et le son donnait quelque chose de très plaisant. Les anciens du village disaient que cette musique ne peut pas éduquer les enfants. Je jouais tranquillement au cours de cette manifestation, quand mon père a fait irruption dans la salle et m’a donné des paires de gifles. J’ai dû fuir de la salle. (Qu’il repose en paix !). Je n’ai pas passé la nuit à la maison ce jour-là. J’ai dû nager jusqu’à Kétonou rejoindre ma grand-mère paternelle. Si j’étais à la maison, il allait me taper à mort. Et cette dernière lui a demandé de me laisser chanter. Mais, là où j’ai été très heureux, et lui aussi, c’était quand j’ai chanté pour la première fois sur un disque et il a entendu ma voix à la radio. Lui, il n’a jamais chanté à la radio. Et quand il a entendu ma voix à la radio… (Soupirs…). Il était le plus heureux de ses frères. Et il m’a laissé poursuivre avec ma passion.
On peut dire que votre carrière a reçu la bénédiction de votre père de son vivant ?
J’ai été béni de mes deux parents. Mais aussi par les grands musiciens de mon village à l’époque, parce que tout le monde me connaissait déjà. C’était un honneur pour eux d’entendre la voix de leur enfant. En ce temps, on parlait de radio Dahomey. C’était une reprise. Ce n’était pas l’une de mes compositions. C’était une chanson culturelle de la région. J’ai enregistré cette chanson avec le Black Santiago à la Satel qui a sorti le disque. Et pour mon père, c’était un bonheur.
Parlez-nous à présent de votre premier disque en tant qu’artiste !
C’était Zangbéto. J’ai chanté les morceaux traditionnels de mon village. J’étais à Apollo Night Club qui était en ce temps le meilleur night club de l’Afrique de l’Ouest. Les gens venaient de partout, parce que les grands artistes se produisaient là-bas. C’était dans les années 68-69 et 70. On faisait plusieurs types de musique. Un jour, alors que tout le monde était fatigué, mon ami Joseph Massila et moi avions décidé de remettre tout le monde sur scène. Et ce jour, c’était un succès franc. C’était un rythme qui faisait danser, accompagné des chansons traditionnelles. Et quand on a voulu enregistrer notre première chanson, le chef d’orchestre a décidé qu’on ajoute cette chanson. Quand on jouait jusqu’à deux heures, trois heures, je prenais ma place pour finir la soirée. C’est comme ça que j’ai imposé ma musique, à un endroit où on jouait d’habitude des choses qui sont venues d’ailleurs.
Le premier album est sorti en quelle année ?
Franchement il vous faudra aller à la Satel ou ce qu’il en reste. Je ne me rappelle plus exactement cela. (Hésitation). Je pense que c’était dans les années 1969-70.
Un album joué en ces années sur radio Dahomey, devrait avoir forcement du succès !
En ce temps, il n’y avait qu’une seule radio. Et, avant de passer sur cette radio, il y avait une commission d’audition. Et quand ce n’est pas bon, on ne passe pas. Donc, ce morceau a été retenu. Radio Dahomey jouait ça chaque fois. C’était pour moi un plaisir, un rêve qui s’accomplissait. Le jour où j’ai fait mon premier concert en tant que musicien, j’avais invité mon père et il était là. C’était au Hall des Arts en 1978. J’étais dans l’orchestre de la Banque commerciale du Bénin (BCB). J’avais un ami, Gbédjinou Célestin, avec qui j’avais fait le Black Santiago. Il me disait après mes aventures : « Il faut que tu nous rejoignes. La banque a formé un orchestre et on te veut avec nous ». Il s’est rapproché de Bruno Amoussou, qui était le directeur de la banque. Ils m’ont embauché à la BCB. J’étais devenu un banquier. (Eclats de rire). J’étais à la cellule informatique. En ce temps, il n’y avait qu’un seul ordinateur au Bénin. Une semaine après, je me suis rendu compte que ce n’était pas ma place. Mon salaire était de dix neuf mille cinq cent cinquante francs Cfa par mois.
Pendant ce temps, j’avais loué une chambre à cinq mille francs. Il fallait payer l’impôt général sur le revenu. Un jour, j’ai demandé au directeur si je pouvais faire un concert avec les Poly Rythmo pour pouvoir joindre les deux bouts, parce que mon salaire ne me suffisait pas. Il m’a répondu: «camarade Sagbohan, vous n’êtes pas autorisé à jouer avec un autre orchestre alors que vous êtes membre de l’orchestre de la BCB. Je vais consulter le comité de direction ». Finalement, j’ai démissionné parce que ce n’était pas mon domaine. J’ai fait juste un an.
Quelle a été la suite ?
Quand j’ai intégré le groupe de la BCB, j’ai écrit Nouwamin, parce qu’il fallait écrire une chanson pour faire un album pour l’orchestre. Je suis allé au Nigeria. Là-bas, j’ai écrit Programme changé. Pendant ce temps, j’ai préparé l’album Djo Assoutchédo. Même étant à la banque, j’écrivais déjà. Je préparais d’autres albums. Quand je travaille un peu, je laissais tout tomber pour écrire ma musique.
A l’époque des 33 tours, vous en avez réalisé combien ?
Je ne veux pas vous donner une fausse réponse. Pour répondre à cette question, il va falloir que j’aille fouiller mes répertoires.
Avez-vous fait une école de musique ?
J’ai fait l’école de mon père.
Les solfèges, l’écriture musicale, comment vous avez fait pour vous en sortir ?
Quand vous avez la volonté de bien faire quelque chose, vous cherchez à mieux connaitre la chose. J’ai appris à mieux connaitre la musique. J’ai commencé au village. Mais arrivé à Cotonou, avec le temps, j’ai compris qu’il fallait mieux faire pour donner un bon rendement. J’ai appris à écrire la musique avec mes aventures à l’étranger avec Ignace de Souza. A l’époque, il n’y avait pas de magnétophone. Si tu ne peux pas écrire ton inspiration, tu ne feras jamais un album. J’écris et j’arrange moi-même mes chansons. Je n’ai jamais eu d’arrangeur.
Aujourd’hui, la discographie de Sagbohan Danialou est riche de combien de compositions ?
Je ne suis pas en mesure de vous dire exactement un nombre
précis. Il faut aller aux archives de l’Office de radiodiffusion et télévision du Bénin (Ortb). Vous y trouverez un nombre exact. Même s’il faut estimer, je ne suis pas en mesure de vous donner un chiffre.
Quel est alors le nombre d’album que vous avez réalisé ?
Je ne pourrais pas vous donner un chiffre non plus. Il y a même des chansons que j’écoute aujourd’hui et je me demande si c’est moi-même qui les ai faites. J’ai beaucoup écrit, beaucoup composé dans ma vie.
Pourquoi Sagbohan ne compte pas ses albums ?
Je n’ai pas le temps de les compter, parce que j’ai encore beaucoup à faire. Ce n’est pas le moment de compter. J’ai encore des choses à faire si Dieu me prête vie.
Ça fait combien d’années de carrière pour Sagbohan ?
J’ai intégré le centre Céramic en 1966, j’ai fait ce groupe de 1966 à 1967. J’ai fait mon premier album avec les orchestres du quartier en 1967, et en 1968 j’ai obtenu une batterie neuve. J’ai appris à jouer à la batterie, et je suis devenu batteur en 1968. J’ai commencé par écrire mes propres chansons.
Quel âge avez-vous aujourd’hui ?
Je ne connais pas mon âge. Je suis né vers… Je suis né à un moment où il n’y avait pas de dispensaire à Ekpè, ni de maternité.
Je suis né dans ma maison maternelle. Mes oncles qui ont vu ma naissance ne comprenaient pas français pour pouvoir en dire quelque chose. Mais, je peux vous dire que je suis né dans les années 1950.
Aujourd’hui, je suis né le 1er janvier 1951, il faut réguler les choses. (Rires).
Est-ce que Sagbohan vit de ses œuvres ?
J’ai reçu, juste avant vous, des enfants qui apprennent à chanter avec l’émission Acapella. Je leur ai dit que tout ce que j’ai aujourd’hui, c’est que je n’ai rien. Mais là où je dors c’est grâce à la musique que je l’ai érigé. J’ai souvent dit qu’un bon musicien
béninois peut vivre de la musique. Moi, je vis de ma musique. Je n’ai jamais fait autre chose, ni la contrebande. Mes enfants ont étudié pour la plupart dans des écoles privées, et c’est grâce à la musique que je suis arrivé à subvenir à leurs besoins.
Pourquoi Sagbohan a choisi de rester au Bénin alors qu’il a eu les moyens et des possibilités de s’exiler ?
Moi, m’exiler ? Ça ne me dit même pas. Ce mot n’existe même pas chez moi. Je ne sais pas ce que ça veut dire. Un jour, le général Kérékou, (paix à son âme) m’avait dit : « Pourquoi vous ne sortez pas pour aller rester ailleurs pour mieux faire la musique ? ».
Je lui ai répondu que je préfère que les gens viennent me chercher chez moi. Si je suis important, ils viendront me chercher. Et il me dit : « Vous n’êtes pas encore grand et vous voulez dépasser le plafond ». Je ne peux pas aller vivre ailleurs, j’ai beaucoup voyagé dans ma vie. Mon bonheur se trouve ici. Ma musique est d’ici. Vous voulez que j’aille aux Etats-Unis, pour aller faire du reggae, ou que j’aille en France faire du Zouk ? J’ai beaucoup de choses ici à exploiter. Celui qui s’exile en cherchant du succès perd son temps. Le succès est ici. Si vous êtes bon, les gens viendront vous chercher. Nos frères qui sont à l’étranger, quelle musique ils font là-bas ? Ils font la musique béninoise là-bas et c’est ça ils ont à vendre. Ils n’ont pas à vendre ce qu’ils sont allés trouver là-bas. Ils ont à vendre ce qu’ils emmènent de chez eux ici. C’est ma philosophie de la chose. Je ne veux pas sortir d’ici pour aller m’exiler, cherchant le succès ou quoi que ce soit. Je suis un grand responsable de la musique béninoise et aussi de la promotion de la musique béninoise. La preuve, j’ai toujours lutté contre le playback. Je ne fais jamais de playback et je ne le ferai jamais. Le playback ne permet pas d’avoir des musiciens instrumentistes.
Vous pensez à la relève, après tout ce que vous avez fait ?
(Silence). Ne me parlez plus de la relève, on ne prépare pas la relève, la relève s’annonce et on la pousse. La musique, ce n’est pas un métier qu’on apprend dans une école. Si vous n’en avez pas le don, il faut passer ailleurs. Moi, je déplore le cas de ceux-là qui, après les écoles, vont à la musique, parce qu’ils veulent se faire voir à la télé, ils veulent percer les oreilles. La musique est un métier à respecter. Je ne compare la musique à aucun métier. La musique ne s’apprend pas. On naît avec la musique.
Quel a été le plus beau spectacle de votre vie ?
On ne peut pas le dire, il y en a tellement eu. Un jour, la fédération des Béninois de l’étranger m’a invité avec le président Soglo. Quand ils ont fait la publicité pour le spectacle, ils ont vendu 1400 tickets, alors qu’ils avaient prévus 400 places, et les gens sont arrivés et sont restés debout. Ils étaient obligés de faire sortir les chaises de la salle, donc tout le monde était resté debout.
J’ai fait voyager une fois également des Zangbétos au musée des Arts contemporains de Versailles, ce fut également un grand succès. Je dois aussi évoquer ce spectacle au festival international de jazz de New-York, quand le Gankéké (gong traditionnel) sonnait, les Blacks américains pleuraient de joie. Je me suis dit alors que quelque part, j’ai ma place sur terre.
Vous avez adopté les rythmes traditionnels comme base de votre travail musical, en dehors de ça qu’est-ce qui vous inspire particulièrement pour vos compositions ?
Rien ne m’inspire, c’est la nature qui m’inspire. Je ne peux pas m’inspirer de la musique de quelqu’un pour faire mes compositions. Je ne suis pas un musicien plagié. Je suis un musicien compositeur, auteur, arrangeur de ma musique.
Jusqu’à ce jour, le président Mathieu Kérékou reste le seul politique béninois pour qui vous avez composé une chanson. Est-ce que d’autres acteurs politiques de notre pays peuvent attendre leur tour ?
Je n’ai pas chanté Kérékou. J’ai chanté un évènement, un évènement. Parce qu’à l’époque, dans la sous-région, il n’y avait que la guerre et la mort. Mais nous avons eu un général qui a su maîtriser son armée. Le général Kérékou est pour moi, à un moment donné, l’homme qu’il fallait pour notre pays. Les dix-sept ans n’ont pas été faciles pour tout le monde. Il y a des mécontents à vie et aussi des heureux à vie. Pour moi, il a su mettre notre pays sur orbite. A l’époque on disait les révolutionnaires, même au Togo tout près, on nous traitait de révolutionnaires. Mais finalement, on était les plus heureux. J’ai chanté un général, mais je n’ai pas chanté Kérékou, mais bon, comme vous le savez, il n’y avait que lui. C’était un moment où il fallait lui faire ce coucou pour tout ce qu’il a fait pour notre pays. On avait pas de l’argent, mais on vivait tranquille, c’était grâce à l’armée béninoise, on ne peut pas parler de l’armée béninoise sans parler de Kérékou. Voilà comment et pourquoi le nom du général Kérékou est sorti.
Quel est votre plat préféré ?
Wêfouflou ! Du poisson fumé, bien lavé, le poisson qui a des œufs, puis on enlève les arrêtes et on ajoute les condiments, puis on mélange le tout. C’est un plat typiquement lacustre.
Quel est votre couleur préférée ?
(Rires). La couleur préférée, c’est la couleur de l’eau.
Quel est votre animal préféré ?
On me dit que j’ai le visage d’un serpent doux. Mais mon animal préféré est un oiseau.
Quel est l’instrument de musique que vous préférez ?
C’est la guitare, mais je préfère la voix.
Le sobriquet ou l’appellation l’homme-orchestre vous est venu d’où ?
C’est venu de Guy Kpakpo, l’actuel directeur de radio Tokpa. Il était mon manager. Il était animateur à Radio Dahomey. Après, il est devenu chef programme à Radio Bénin, directeur artistique à la Satel. Il est aussi un ami de vieille date. Un jour, j’étais en concert au Hall des Arts, et pour m’annoncer, il dit je vous présente l’homme-orchestre. Il était ce jour-là avec Mouf Liady.
Pour quel artiste béninois avez-vous le plus d’admiration ?
D’abord mon père et ensuite Yédénou Adjahoui.
Vous portez un prénom africain ?
Ah oui, c’est Vidjinnagnin. Ma mère a fait deux enfants avant moi, et ils sont tous morts. Il a fallu faire des sacrifices pour que je sois maintenu. Ça fait un peu « Abikou ».
Quel est votre vœu le plus cher que vous avez envie de concrétiser ?
Si vous m’aviez posé cette question, il y a cinq ans, j’aurais une réponse à vous servir, mais maintenant, je n’ais plus de réponse pour cette question. Après la moitié d’un siècle, si vous n’avez pas ce que vous voulez, il ne faut plus vouloir quelque chose.
Mais vous avez un projet de centre de formation !
Oui, justement ! C’est un projet relatif à un centre d’anthropologie musical que j’ai voulu faire. Je suis une personne qui aime partager ce qu’il a ; Dieu ne donne pas à tout le monde. Il n’y aura qu’un seul Sagbohan Danialou musicien sur terre. J’ai dit que je veux partager avec les jeunes béninois ce que Dieu m’a donné. Mais si mon pays ne veut pas me permettre de partager ce que j’ai avec les jeunes béninois, je garde ma chose pour moi. J’ai ma chose, je veux donner, on m’empêche de la donner…
Votre appréciation sur le secteur culturel béninois !
Le secteur culturel se porte très bien. Aujourd’hui, tout est tellement politisé. Notre secteur est hyper politisé. Aujourd’hui, si vous êtes un président d’association, ou président de fédération au Bénin, vous avez tout ce que vous voulez. C’est ce que j’ai compris. Pour nommer des responsables d’association aujourd’hui, on dit il faut voter, et quand on passe aux votes, ceux qui sont plus nombreux gagnent. Qu’ils aient les qualités ou pas, ils passent. Je suis vraiment déçu pour cette situation. Si avec tout le temps que nous avons passé sur le plan musical de notre pays, nous devons encore faire le salamalec avant d’avoir ce que nous voulons pour notre jeunesse, ce n’est pas la peine. Un enfant ne peut jamais faire la relève de son père, parce que les deux n’ont pas été à la même école.
Vous n’avez pas voulu tomber dans le piège de l’accumulation de biens matériels contrairement à des artistes de votre génération. Pourquoi avoir fait ce choix de vie ?
Je ne suis pas malheureux, je ne suis pas heureux non plus. J’ai beaucoup d’enfants. J’ai fait une demi-douzaine d’enfants, il fallait assurer leur éducation ; ce qui n’était pas facile. J’ai ma maison, un moyen de déplacement et une maison pour mes enfants, je n’en veux pas plus. Le Bénin est un petit pays, mais très fort. Quand vous avez beaucoup de biens, c’est votre entourage qui va chercher à vous en arracher.
Que pensez-vous de la façon dont les médias font la promotion de la culture béninoise ?
Les médias choisissent leur clan, et quand vous avez quelqu’un de votre ethnie, de votre clan, qui fait de la musique vous lui faites une bonne promotion. C’est ce que j’ai compris. Tout est politisé dans notre pays, et c’est dommage. Il y a des radios qui ne jouent jamais certains morceaux. Les médias sont aussi des artistes comme nous. Ce sont les médias qui fabriquent les artistes.
La diversité culturelle, c’est quoi selon vous ?
La diversité culturelle du Bénin est un problème crucial. Au Bénin, nous avons trop de rythmes. Chaque région a sa musique. Au Bénin c’est tellement diversifié que si vous cherchez une musique du Bénin, vous allez passer toute votre journée. Le gars du Nord ne peut pas faire le Agbadja de Zolawadji. On ne peut faire que ce qu’on maitrise. Il faut qu’il y ait une diversité dans la musique.
Comment la télévision peut-elle promouvoir cette diversité ?
Il faut dépolitiser la promotion de la culture béninoise, pour pouvoir faire une bonne promotion de la culture béninoise. Même celui qui n’a jamais mis pied à l’école te parle de la politique. J’ai un projet de création de centre d’anthropologie de la musique, on m’a trainé pendant six ans, mais rien. Pendant ce temps, les gens prennent l’argent du contribuable pour dire qu’ils vont faire quelque chose qu’ils ne font jamais. Moi, je veux ces millions pour donner quelque chose au Bénin et on m’empêche !
Est-ce-que Sagbohan est membre d’une association des artistes ?
J’étais le président de l’Association des musiciens, chanteurs du Bénin créée par GG Vikey. Mais après quatre ans, j’ai quitté. Ce n’est pas le gouvernement d’un pays qui fait la promotion d’un artiste, c’est le produit de l’artiste même qui le lance.
Est-ce que la nation béninoise a été reconnaissante envers Sagbohan Danialou pour l’ensemble de ses œuvres ?
Non, non, non ! La Nation béninoise n’a pas été reconnaissante. Ceux qui reconnaissent mon travail sont nombreux. Mais la Nation béninoise non.
Sagbohan Danialou n’a jamais été décoré ?
J’ai été décoré par l’ancien Président Nicéphore Soglo, on était nombreux. J’ai été élevé au grade de Chevalier en son temps. Le Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud) m’a aussi décoré. Le Bureau béninois des droits d’auteur m’a aussi fait Officier de l’Ordre de mérite du Bénin.
© Journal « La Nation »
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