Karim da Silva : « Le Bénin n’est ni responsable, ni coupable de ce dont on l’accuse »

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Le dossier relatif à la fermeture des frontières entre le Nigeria et le Bénin continue de défrayer la chronique. Hier mardi 24 septembre 2019, le sujet était à l’ordre du jour d’une conférence de presse animée par le Patriarche Karim Da Silva, Président du Conseil des sages de Porto-Novo. Pour lui, « Le Bénin n’est ni responsable, ni coupable de ce dont les actuels dirigeants du Nigeria l’accusent ». « Ils doivent chercher les causes profondes du mal qui les frappe en leur sein, notamment dans leur administration douanière », a dit le Président Da Silva.
Par : El-Hadj Affissou ANONRIN

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Avant de rentrer dans le vif du sujet, le Président du conseil des sages de Porto-Novo a d’abord rappelé les bonnes relations séculaires de coopération et surtout les liens de fraternité qui ont existé entre le Bénin et le Nigeria et dont les Présidents Yakoubou Gowon, Olusegun Obasanjo, pour ce citer que ceux-là, ont été des chantres. Pour M. Karim Da Silva qui a aussi rappelé comment est née la CEDEAO avec les avantages que cela confère à ses États membres en termes de libre circulation des biens et des personnes, « le Nigeria ne peut pour rien au monde faire souffrir le Bénin ». Et pour justifier cette thèse, il a révélé que si ce n’était pas le Nigeria par l’intermédiaire de ses services de renseignements qui ont donné l’alerte, le Bénin n’aurait pas pu mettre en déroute les mercenaires qui l’ont envahi le 16 janvier 1977. L’autre fait marquant qu’a rappelé le Président Karim Da Silva et qui est à mettre à l’actif des bonnes relations de coopération entre les deux pays est le rôle joué par le Nigeria dans la révélation de l’affaire des déchets nucléaires qui avaient été enfouis dans une région du Sud-Bénin avec la complicité d’un ministre du régime révolutionnaire d’alors, mais malheureusement à l’insu du Président Mathieu Kérékou qui en est le Chef suprême.

Outre ces deux hauts faits, le Président Karim Da Silva a aussi révélé que la création de la société sucrière de Savè et la Société des ciments d’Onigbolo qui furent des sociétés à forts capitaux Nigérians ont été les fruits des bonnes relations qui avaient existé entre le Bénin et le Nigeria. C’est d’ailleurs se basant sur ces hauts faits et sur biens d’autres qui reposent sur l’hospitalité légendaire entretenue depuis des lustres entre les peuples des deux pays que le Président du Conseil des sages de Porto-Novo a appelé les Béninois à un devoir de reconnaissance vis-à-vis du Nigeria. Cette reconnaissance, a-t-il poursuivi doit être réciproque rien qu’en se basant sur ce qu’a fait aussi le Bénin qui n’a jamais accepté abriter une base militaire devant permettre à des puissances étrangères d’attaquer le Nigeria.

« Oui ! Nous avons obtenu beaucoup de choses du Nigeria », a confessé Karim Da Silva. « Mais est-ce pour cela que nous allons devenir des obligés du Nigeria ?», s’est-il interrogé par ailleurs. Pour lui et ce de façon catégorie, point n’est question pour le Bénin de se laisser piétiner par le Nigeria quand bien même on sait qu’il est une puissance économique avéré avec ses plus de 200 millions d’âmes.

La crise des frontières

Pour M. Karim Da Silva, les arguments avancés par les autorités nigérianes ne justifient pas la décision de fermeture des frontières qu’elles ont prises. « Le Bénin n’est ni responsable, ni coupable de ce dont on l’accuse », a soutenu le Président du Conseil des sages de Porto-Novo. « Quand on dit que le riz rentre massivement au Nigeria et que c’est le Bénin qui est à la base de ce trafic qui ruine l’économie nigériane, je dis que c’est faux ! Si les douaniers nigérians font bien leur travail, est-ce qu’un Béninois peut avoir le courage de traverser les frontières nigérianes avec des camions remplis de riz comme on le constate ? Je dis non ! Le Nigeria avec les grands moyens dont il dispose est capable, à partir de la petite vendeuse en détail au marché, de remonter la filière du trafic et trouver le plus gros fournisseur de riz qui détruit son économie. Et s’il le fait, il verra que le Bénin n’en ait pour rien et qu’il l’accuse gratuitement. Je pense personnellement que dans cette affaire, il y a une fuite de responsabilité qui ne dit pas son nom. En effet, la part des Béninois dans la réexportation du riz vers le Nigeria ne fait même pas 5%. Je me demande si parmi les douaniers nigérians, il n’y a pas des importateurs de riz surtout à voir la facilité avec laquelle les camions passent nuitamment les frontières qu’on a pourtant fermées. Il faut que le Nigeria sorte les grands moyens pour arrêter la saignée à sa porte au lieu de continuer par accuser injustement des Béninois qui ne sont que des sous-traitants, des commissionnaires qui ne gagnent pratiquement rien », a dit Karim Da Silva qui a surtout condamné la manière honteuse avec laquelle le Nigeria a réclamé à l’État béninois la dette relative à l’électricité qu’il nous livre.Profitant de l’occasion qui lui a été offerte, le Président du Conseil des sages de Porto-Novo a aussi dénoncé le traitement qui est fait par le Nigeria à certains de nos produits (tomates produites au Bénin, céréales produits au Bénin, poissons fumés, ananas…), pourtant communautaires qui ne peuvent pas franchir ses frontières. « Les raisons qui empêchent l’entrée de ces produits au Nigeria ne sont pas justifiées et méritent d’être dénoncées avec la dernière vigueur parce que portant atteinte au principe de la libre circulation des biens et des personnes dans l’espace communautaire », a-t-il poursuivi. Il voit à travers les actes posés par l’administration Buhari une manière de pousser les Béninois à bout de souffle avec les conséquences que cela pourrait engendrer.

Pour conclure ses propos, le Patriarche Karim Da Silva a exhorté les Présidents Buhari et Talon à s’entendre pour qu’une solution définitive soit rapidement trouvée à cette qui n’arrange aucun des deux pays.       

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